lundi 1 décembre 2008
Les femmes musulmanes défendent leurs droits politiques
| Les femmes musulmanes d'Afrique viennent de lancer à Bamako un réseau pour améliorer leur statut et renforcer leur participation dans le processus de décision politique. | ||||||||
| En Afrique, les femmes ne constituent que 9% des parlementaires contre une moyenne internationale de 13,4%, et elles ont de ce fait peu de possibilités de participer, d'influencer ou de déterminer les orientations politiques, économiques ou sociales de leurs pays, selon le programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Pour le Pnud, qui a piloté la mise en place de cette structure conformément aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ce réseau n'a pas de vocation confessionnelle, même s'il met en liaison uniquement des femmes musulmanes. «Ce réseau n'a pas de vocation confessionnelle, mais se justifie essentiellement par les situations spécifiques vécues par les femmes musulmanes, liées à leur culture et leur religion et qui exige une résolution à travers des solutions spécifiques qu'un tel réseau peut apporter», affirme Mme Coumba Mar Gadio, conseillère régionale du genre au Pnud à Dakar. Pour les participants au lancement de ce réseau, le développement socio-économique d'une nation dépend largement du degré de participation des femmes au processus de décision politique. «Selon la place que les femmes occupent dans la société, selon les droits que cette société leur reconnaît et surtout respecte et fait respecter, les chances de développement de cette société sont grandies ou amoindries», ajoute Mme Gadio, épouse du ministre sénégalais des Affaires étrangères. Ce réseau vise en effet à offrir à ces femmes dont la vie, les droits humains et le statut sont façonnés par la religion et les valeurs musulmanes, d'échanger leurs expériences concernant leur participation à la vie politique. Il permettra aussi à ces femmes d'évoquer leurs difficultés et de bénéficier d'un savoir commun à même de les aider à adopter les meilleures pratiques en leur ouvrant de nouvelles perspectives dans le processus de prise de décision dans leurs pays. Au Maroc, la mise en place de ce réseau est vue comme un moyen d'accompagner la lutte des associations féminines pour une meilleure représentativité aux niveaux national et local. «Ce réseau va compléter et consolider l'action des associations féminines pour renforcer la présence des femmes au sein des collectivités locales, où elles ne représentent actuellement que 0,58% des élus», a déclaré à la MAP Mme Naima Ouchareb, conseillère du ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité. Selon Mme Oucahreb, qui a été élue membre du comité de démarrage de ce réseau, «la participation des femmes à la gestion de la chose locale est un grand défi pour assurer l'égalité des sexes et atteindre les objectifs du millénaire pour le développement». En Afrique du nord, le Pnud salue les progrès enregistrés par certains pays comme le Maroc en matière de promotion de la participation des femmes aux postes de décision, mais déplore que le taux de représentation des femmes au niveau des assemblées parlementaires dans cette région est l'un des plus faibles au monde, avec environ 10,11%. Dans le reste de l'Afrique, l'exemple du Rwanda est salué par le Pnud, puisque ce pays, avec près de 50%, se situe au premier rang mondial au niveau du pourcentage de la représentativité des femmes au Parlement. Même s'il a permis d'augmenter le nombre de femmes au Parlement dans certains pays africains, le système des quotas est jugé insuffisant car les lois et les partis politiques lient les mains des femmes parlementaires. «Ces quotas peuvent constituer un plafond de verre qui bride la progression politique des femmes, qui risquent par ailleurs d'être perçues comme n'ayant aucun mérite politique», selon le Pnud. Le réseau est donc censé donner suffisamment d'autorité aux femmes musulmanes d'Afrique pour faire pression sur les institutions en vue d'améliorer leur participation politique, pour que les pratiques de gouvernance soient démocratiques et basées sur l'égalité des sexes, et pour une réforme des législations à même d'assurer une protection juridique égale aux femmes. | ||||||||
Par MAP | ||||||||
samedi 29 novembre 2008
DROITS-AFRIQUE :"Où est l'argent" pour le genre?
Joyce Mulama
ADDIS ABEBA, 29 nov (IPS) - "Investir dans les femmes est payant. C'est un moyen efficace de réduire la pauvreté et d'accélérer la réalisation du reste des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)", déclare le ministre danois de la Coopération pour le Développement Ulla Tørnæs.
Les statistiques de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques, un organisme international qui aide les gouvernements dans le domaine du développement, indiquent que ses décaissements pour l'égalité de genre dans les pays en développement étaient trois fois plus élevés en 2006 qu'en 2002, passant de 2,5 milliards de dollars à 7,2 milliards de dollars.
L'idée selon laquelle les organisations de femmes à la base sont des moteurs de changement dans la communauté en Afrique a été entendue à plusieurs reprises lors du Forum sur le développement de l'Afrique (FDA), qui vient de s'achever à Addis Abeba.
Mais ces organisations demandent "Où est l'argent?" La plupart des participants au FDA VI affirment que les fonds restent insignifiants et négligeables, voire même introuvables.
"Je suis certaine que vous serez d'accord avec moi sur le fait qu'il y a des éléphants blancs et qu'une somme importante d'argent va là où elle ne devrait pas aller", a déclaré Laeticia Mukurasi, spécialiste en chef des questions de genre à la Banque africaine de développement. Le continent a perdu plus de 140 milliards de dollars à cause de la corruption, selon Transparency International, un veilleur anti-corruption.
"C'est notre devoir de trouver l'argent. Avec la volonté politique, et si nous identifions les bonnes priorités, nous pouvons trouver de l'argent pour rehausser le statut des femmes dans toutes les sphères", a indiqué Ngarmbatina Soukate, ministre tchadien de l'Action sociale, de la Solidarité nationale et de la Famille.
C'est cette volonté politique qui est essentielle pour la mise en œuvre des engagements qui font la promotion d'une participation égale des femmes et des hommes à la politique. Au nombre de ces engagements, il y la Déclaration solennelle sur l'égalité de genre en Afrique, réaffirmée par l'Union africaine (UA) en 2004, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes et le Plan d'action de Beijing.
Aux termes de ces instruments, il est fait obligation aux gouvernements d'inclure les perspectives de genre dans tous leurs processus de développement, y compris des mesures visant à assurer la participation accrue des femmes dans toutes les sphères. Bien qu'ayant pris ces engagements il y a 13 ans, la plupart des pays du continent continuent d'être à la traîne pour la représentation des femmes au niveau de la prise de décision.
La situation est en grande partie perpétuée par le manque d'argent pour permettre aux femmes de faire campagne pendant les élections, étant donné que la politique est une affaire qui coûte chère.
Les statistiques des Nations Unies pour cette année indiquent que malgré quelques améliorations dans la part des sièges qui reviennent aux femmes dans les parlements nationaux, la moyenne en Afrique subsaharienne est de 16 pour cent, ce qui est largement en deçà des 30 pour cent de quota escompté d'ici à 2015. Avec la tendance actuelle, selon l'ONU, il faudra aux femmes 40 ans pour obtenir 40 pour cent de représentation au parlement.
Le Rwanda mérite des éloges
Le Rwanda a été félicité pour avoir réussi à obtenir 50 pour cent de femmes au parlement, devenant le premier pays en Afrique à atteindre un tel niveau. "Le Rwanda a démontré qu'avec un cadre légal approprié faisant la promotion de la participation des femmes, et la volonté politique, on peut réaliser la parité de genre au parlement", a déclaré Bience Gawanas, commissaire de l'UA pour les affaires sociales.
La constitution du pays stipule qu'il faut 30 pour cent de femmes à tous les niveaux de prise de décision. En outre, la loi électorale réserve 30 postes aux femmes et il y a des ressources pour aider les femmes à faire campagne lors des élections, selon Odette Nyiramilimo, membre de l'Assemblée législative de l'Afrique de l'est et ancienne députée rwandaise.
Dans un entretien avec IPS, elle a affirmé : "Nous avons vu beaucoup de transformations avec l'augmentation du nombre de femmes au parlement. Les vies des femmes dans la communauté ont changé parce que nous sommes en mesure de rédiger des lois qui améliorent le bien-être des femmes".
"Au moins une fois par mois, chaque femme parlementaire doit se rendre dans sa circonscription électorale et parler de santé de la reproduction, informant les femmes des villages des avantages qu'il y a à accoucher dans des centres médicaux et à utiliser des contraceptifs modernes", dit-elle.
"De telles activités ont conduit à une augmentation du pourcentage des accouchements dans les hôpitaux, de 28 pour cent en 2003 à plus de 40 pour cent en 2007, ainsi qu'à une augmentation de l'utilisation des contraceptifs de 10 à 38 pour cent la même année".
Le Fonds de développement des Nations Unies pour les Femmes (UNIFEM) convient que le fait d'avoir un nombre plus élevé de femmes au parlement contribue à susciter des attentions plus soutenues autour des problèmes qui affectent les femmes.
Son rapport, 'Progrès des femmes du monde 2008/2009, qui répond aux femmes', indique que "Les femmes apportent des points de vue, des perspectives et des talents différents à la politique et elles accordent la priorité aux questions qui préoccupent les femmes".
Le document, lancé à la réunion du 20 novembre, demande à la communauté des bailleurs de fonds de remplir sa part du contrat en intensifiant l'aide pour propulser plus de femmes en Afrique aux postes de prise de décision. (FIN/2008)
jeudi 27 novembre 2008
En RDCongo, la vie brisée de Jeanne, veuve de militaire et violée
« On n’a pas été créées pour être abîmées, il faut nous laisser vivre », implore Jeanne. Victime d’un viol collectif par des rebelles dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et son mari soldat tué au front, elle souffre aujourd’hui en silence sur un lit d’hôpital. Le corps de Jeanne, 28 ans, recroquevillé à une extrémité de son lit, semble pouvoir basculer à tout moment dans le vide.
La vie de Jeanne, dont le prénom a été modifié pour raisons de sécurité, a basculé en avril, alors que son mari combattait loin de son village de Mweso, sous contrôle de la rébellion du général déchu Laurent Nkunda, mais où les rebelles hutus rwandais font des incursions. Son histoire traduit les terribles tourments de la population civile de l’est de la RDC, otage depuis des années de violences souvent inouïes des groupes armés, notamment à l’égard des femmes.
« Nous étions parties (avec d’autres femmes) chercher le manioc au champ, un groupe de FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, rebelles hutus rwandais) nous a attaquées », raconte Jeanne d’une voix brisée. « Ils étaient nombreux, j’ai été violée par trois d’entre eux. Il y en a même certains qui disaient : Est-ce que ce n’est pas mieux de la tuer ? Une fillette de 8 ans, violée aussi, est morte sur le coup. Deux femmes sont décédées une semaine après de leurs blessures », se rappelle-t-elle.
Les FDLR, dont certains membres ont participé au génocide de 1994 au Rwanda, opèrent dans l’est de la RDC, frontalière du Rwanda. Ils combattent actuellement aux côtés de l’armée congolaise contre la rébellion de Laurent Nkunda dans la province du Nord-Kivu, où les affrontements ont repris depuis trois mois.
Serrant plus fort son pagne sur sa poitrine, la jeune femme dodeline de la tête. « Les FDLR connaissent bien les sentiers de la région, ils viennent souvent assaillir la population », renchérit-elle. « Depuis ce jour, j’ai des fièvres, je suis faible, j’ai des douleurs dans l’appareil génital », dit-elle, expliquant qu’elle a vécu sans aide pendant plusieurs mois avant l’arrivée d’une organisation non gouvernementale. Transférée il y a une semaine à l’hôpital de l’ONG congolaise Heal Africa à Goma, capitale du Nord-Kivu, Jeanne est soignée pour de graves infections. Peu de temps après son agression, « les militaires de Laurent Nkunda sont venus chez moi. Ils m’ont dit que ce n’était plus la peine de chercher mon mari pour qu’il s’occupe de moi, qu’ils l’avaient tué », dit-elle. « Ces gens n’ont pas de cœur, comment peuvent-ils venir se glorifier ? » s’insurge-t-elle.
Un silence recueilli règne autour d’elle dans la salle d’hôpital. D’autres femmes, également victimes de violences sexuelles ou de complications postnatales, sont figées sur leur lit. Le souffle d’air d’une fenêtre ne parvient pas à dissiper l’odeur écœurante d’un désinfectant. Sous le lit de Jeanne, des paniers avec quelques affaires, une natte, et des chaussures d’enfant, celles de son fils de 4 ans malade et hospitalisé. Un claquement de porte soudain, et apparaissent ses deux autres fils de 6 et 9 ans, à moitié nus après s’être baignés dans une bassine. Le plus grand saisit à pleines mains un pot de margarine pour s’en enduire le visage pour se « protéger du soleil ». Les deux enfants vivent dans le dénuement sur un lit placé à côté de leur mère.
Jeanne, femme de militaire à la vie brisée par des groupes rebelles, affirme ne recevoir aucune assistance de la part du gouvernement congolais. « Je ne sais pas ce que je vais devenir, ni comment je vais élever mes enfants », murmure-t-elle, sous le regard songeur de son fils de 6 ans.
mercredi 26 novembre 2008
Les femmes des radios font changer les hommes
(Syfia Grands Lacs/Rwanda) En exprimant ouvertement les préoccupations des femmes, les animatrices des radios communautaires, de plus en plus nombreuses en Afrique, font peu à peu évoluer les mentalités. Témoignages.
"Il y a des pasteurs qui enseignent que la femme n’a pas le droit de parler dans les assemblées. L’arrivée des radios communautaires a changé cette mentalité", constate Henriette Kumakane de la radio communautaire de Kananga en RD Congo. Comme elle, les femmes animatrices et journalistes, rencontrées au Maroc lors de la conférence Afrique-Maghreb-Moyen-Orient des radios communautaires fin 2007, trouvent dans ces radios un espace d'expression des problèmes des femmes qu'elles n'ont généralement pas.
"À travers un panel d’émissions lancées par Mme Kaboré, de la radio Pengdwendé du Burkina, les différents membres de la communauté parviennent actuellement à dialoguer sur les problèmes des femmes, jadis considérés comme tabous", affirme ainsi fièrement Georgette Kouala, initiatrice de cette radio. Selon elle, les femmes de Sabou, au sud du Burkina, prennent désormais la parole dans les réunions organisées par les autorités locales où elles font part des préoccupations des femmes. C’est un pas important, car, par exemple, au nord du pays, elles ne peuvent pas s’asseoir avec les hommes pour discuter. Au Niger aussi, ces radios ont délié les langues des femmes comme l’indique Kadi Souley, chargée des programmes du Réseau international des femmes de l’Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC). Auparavant, parler de l’émancipation de la femme sur les ondes pouvait, dans ce pays musulman, entraîner la fermeture de la station.
"Considérées comme des subalternes"
Généralement, explique Maimouna Coulibaly, représentante du même réseau au Mali, ce sont les femmes qui se portent volontaires pour animer les émissions sur la santé, la culture, l’éducation et autres sujets qui touchent directement à leur vie quotidienne : excision, scolarisation des jeunes filles, accès à la terre. En parler aide à faire changer les mentalités. Au Rwanda, Radio Izuba joue un rôle important dans la lutte contre les violences faites aux femmes. En témoigne Jeanette, cognée par son mari, pour qui les programmes sur les droits de la femme, ont permis à celles-ci de dénoncer les violences qu'elles subissent. Au Burkina, les hommes de Sabou ne leur retirent plus les terres les plus fertiles comme auparavant.
Ces avancées ont été rendues possibles par l'arrivée de femmes, de plus en plus nombreuses dans ces radios communautaires qui encouragent l’esprit de volontariat. En effet, précise Aimable Sibomana, directeur de Radio Izuba, à ces postes de bénévoles, les diplômes d'études supérieures ne sont pas exigés : "On reçoit beaucoup plus de demandes de femmes que d’hommes pour les postes de volontaires. Certaines d’entre elles, après avoir montré leurs compétences, ont eu un contrat de salarié". D’après lui, plus de la moitié des journalistes et animateurs de la radio sont des femmes.
Cependant, si elles peuvent aujourd'hui prendre la parole dans ces radios, elles n'occupent pas encore de postes de responsabilité. Selon Maimouna Coulibaly, journaliste au Mali, les femmes n’ont pas confiance en elles à cause de leur bas niveau d’instruction et aussi parce que le journalisme a traditionnellement été considéré comme un métier d'hommes. Kadi Souley témoigne qu'au Niger les femmes des radios communautaires n’ont pas encore la même considération que les hommes : "Rares sont des radios qui accordent des places de responsabilité aux femmes. Elles sont de plus en plus visibles dans les comités de gestion, d’animation et participent au débat, mais elles sont toujours considérées comme des subalternes".
Solange Ayanone
Appel des femmes pour la paix, dans les régions des Grands Lacs Africains, Burundi, République démocratique du Congo et Rwanda
| Correspondante : Marche mondiale des femmes Publié le : 25/11/2008 à 12h17 Catégorie : Actualités - International |
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L’organisme rassemble des femmes des groupes du Rwanda, du Burundi, du Nord/Sud Kivu de la République démocratique du Congo
Nous, femmes des groupes du Rwanda, du Burundi, de la République démocratique du Congo en l’alliance avec la Marche Mondiale des Femmes, lançons un appel pour la paix dans la Région des Grands Lacs Africains et dans le monde entier ;
Profondément préoccupées par le regain des guerres et les conflits armés persistants dans la Région des Grands Lacs ;
Constatons avec amertume :
- que les femmes et les enfants sont particulièrement affectés par ces mêmes conflits, entraînant des conséquences graves sur eux entre autres, les tueries, les violences sexuelles surtout le viol utilisé comme arme de guerres, toutes autres formes de violences, les enlèvements, le trafic sexuel, les déplacements massifs et forcés de la population civile, l’accroissement de la pauvreté, la propagation du VIH/ SIDA ;
- que la cause profonde de la violence envers les femmes est le système patriarcal fermement enraciné dans lequel les femmes sont marginalisées et leurs besoins et droits niés en raison de leur genre ;
- la non-application de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU ;
- que les casques bleus présents dans la sous-région n'améliorent pas la situation contrairement aux mandats qui leur sont assignés, certains commettent aussi des actes de violences sexuelles ce qui aggrave le conflit;
- que le système international de gestion des conflits tel que les mécanismes de l’ONU ne sont pas efficaces;
- que la fabrication, la vente et la circulation incontrôlées des armes contribuent à la persistance de l’insécurité et la déstabilisation de la sous-région et aussi du monde entier ;
- que la culture de l’impunité a élu domicile dans la sous-région et dans le monde entier;
- que la guerre est le résultat d’un système d’injustice et le patriarcat dans la répartition et l’accès aux richesses du monde ;
- que les groupes rebelles et les différentes forces négatives avec leurs idéologies génocidaires continuent d’opérer dans la région des Grands Lacs Africains ;
- que les puissances politiques et économiques entretiennent cette situation afin d’assouvir leurs intérêts économiques égoïstes ;
Dénonçons :
- les groupes rebelles et les forces négatives toujours présents dans la sous-région qui continuent de causer de l’instabilité et de violer les femmes, les petites filles et même les hommes, mettant ainsi en péril la paix ;
- le rôle négatif des médias nationaux et internationaux dont les messages attisent les conflits en déformant la réalité ;
Demandons :
- à la Communauté Internationale de faire pression et de rendre responsable les gouvernements de la sous-région signataires des accords qui n’ont pas respecté les engagements convenus ;
- aux Nations Unies d’adapter leur mandat à la situation des pays dans les Grands Lacs et désarmer immédiatement les groupes rebelles et les forces négatives dans la sous-région ;
- aux Nations Unies de sanctionner les casques bleus qui se rendent responsables des actes de violence sexuelle envers les femmes et les petites filles ;
- aux agences d’aide humanitaire de protéger la population civile, de dénoncer les actes de violences sexuelles envers les femmes et les petites filles et d’assurer une prise en charge appropriée aux victimes des viols;
- aux gouvernements des pays des Grands Lacs de résoudre les conflits par le dialogue sincère en associant les femmes conformément à la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;
Exigeons :
- que les femmes soient reconnues comme actrices et négociatrices de la paix et qu’elles participent dans tous les processus de prévention, gestion et résolution pacifique des conflits ainsi que la reconstruction de leurs pays respectifs ;
- que l’Union Africaine prenne ses responsabilités en s‘impliquant effectivement dans la résolution des conflits entre les pays africains ;
Interpellons :
- les différents gouvernements de la sous-région à respecter les engagements pris par la signature des différents accords de paix, de cessez- le- feu, de désarmer les forces négatives et d’appliquer les pactes de non-agression;
Appelons :
- la population civile des pays en conflits de dénoncer tous les actes de violations de droits humains particulièrement les violences faites aux femmes et aux enfants ainsi que la persistance de l’état de guerre ;
Déclarons :
- notre solidarité avec les femmes qui souffrent des conflits et des guerres à travers le monde entier.
Nous sommes solidaires avec :
- Les femmes de la région des Grands-Lacs africains, Burundi, D.R.Congo, Ouganda, Rwanda, où sévissent des conflits brutaux et une violence sexuelle systématique contre les femmes, en dépit des accords de paix et des cessez-le-feu
- Les femmes du Rwanda et ensemble nous disons "plus jamais" au génocide
- Les femmes soudanaises pendant cette période de crise où leur pays est soumis à des violations massives des droits des femmes
- Les femmes de Birmanie qui subissent la violence de l’État. Nous demandons fermement au régime militaire birman de relâcher immédiatement la dirigeante démocrate et récipiendaire du prix Nobel, Aung San Suu Kyi
- Les femmes de Méso-Amérique (du Mexique au Panama) où des centaines de femmes sont victimes de femicide
- Les femmes d’Irak et de Palestine qui vivent sous l’occupation et sont privées de tous leurs droits fondamentaux
- Les femmes du monde entier qui sont seules et isolées dans des régions en conflit et des zones militarisées
Nous demandons au Secrétaire général de l’ONU, de faire tous les efforts pour inciter les États membres à appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Nous demandons à la communauté internationale de tenir tête avec nous à la violence sexuelle et d’adopter des mesures pour prévenir la perpétuation de cette violence.
Nous demandons aux gouvernements de rendre imputables les auteurs de violences sexuelles et de les traduire en justice.
Nous considérons comme cruciale la participation des femmes à la lutte pour créer une culture de paix. En intégrant pleinement la perspective de genre à la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation de la paix après les conflits, nous assurerons aux femmes un rôle de premier plan dans l’édification de la paix et garantirons le respect de leurs droits.
Volonté de réconciliation
Les rencontrent qui s’étaient tenues en République démocratique du Congo et au Rwanda n’auraientt pas été possible sans la volonté très forte des femmes de la région dont les États ont été en conflit et où les communautés sont meurtries, d’œuvrer en faveur de la paix et de la réconciliation au delà des barrières frontalières, ethniques ou tribales.
LE COLLECTIF PAIX et DÉMILITARISATION
Le Collectif coordonne les analyses et interventions des femmes en matière de paix et démilitarisation et cherche à assurer la participation des femmes dans les processus de paix au niveau local et sur la scène internationale. L’organisme rassemble des femmes de quatre groupes : PRO-FEMMES du Rwanda, CAFOB du Burundi, CAFED Nord Kivu et COFAS Sud Kivu de la République démocratique du Congo.
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Source : Marche mondiale des femmes - http://www.marchemondiale.org/index_html/fr
La violence contre les femmes reste 'le crime le plus répandu et le moins puni'
Une jeune fille de 12 ans, violée par des soldats gouvernementaux au Darfour (Soudan)
25 novembre 2008 – En temps de guerre comme de paix, les viols et violences sexuelles restent le plus souvent impunis à travers le monde, dénoncent mardi les Nations Unies, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes.
« La violence contre les femmes est le crime le plus répandu et le moins puni à travers le monde », a déploré la directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), Thoraya Ahmed Obaid.
Une analyse partagée par la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, pour qui les viols en temps de guerre sont encore « manifestement négligés par tous les acteurs ». « Le viol est un crime qui doit être puni et ce aux yeux de tous, si l'on veut mettre fin au cycle de la violence sexuelle », a-t-elle ajouté.
Ce phénomène est le plus visible en République démocratique du Congo (RDC), où des centaines de milliers de femmes ont été violées, battues, réduites en esclavage ou tuées au cours de la décennie écoulée sans que quiconque n'ait été puni ou presque.
Mme Pillay est l'auteur d'une jurisprudence importante sur le viol et le génocide, du temps où elle était juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
Elle a aussi fustigé l'impunité qui protège les hommes contre les sévices infligés aux femmes en temps de paix. « Dans certaines sociétés, les hommes savent parfaitement que s'ils battent, blessent ou même tuent leurs femmes ou leurs filles, ils ne seront pas jugés », a-t-elle déploré.
Ainsi en Iraq, la violence contre les femmes s'exprime sous tous ces aspects sans relâche : viol, trafic sexuel, mariage forcé, meurtre, enlèvement pour raison sectaire ou criminelle, prostitution forcée, tout cela accompagné d'une augmentation de la violence au sein de la famille et l'augmentation des « crimes d'honneur », commis en toute impunité.
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un message à l'occasion de la Journée, souligne que « le nombre effectif de cas de violence sexiste commis est bien supérieur au nombre d'infractions signalées », en partie parce que « le viol suscite le mépris » et parce que dans certains cas les femmes seront punies deux fois, une fois par le viol, une fois par le système judiciaire qui les accusera « faussement de crimes d'adultère ».
Ban Ki-moon a mis en lumière aussi l'âge des victimes : une victime sur trois qui porte plainte en Haïti a moins de 13 ans, au Libéria la majorité des cas concerne des filles de 12 ans et même certaines de moins de 5 ans.
De son côté, l'actrice Nicole Kidman, ambassadrice itinérante de l'UNIFEM, était présente lors d'une conférence de presse à New York. En réponse à la question d'une petite fille écrivant pour le journal de son école, elle a espéré que cette Journée serait l'occasion pour les enfants et parents de tous âges de réfléchir aux diverses formes que pouvaient prendre les comportements abusifs contre les femmes.
Pour sa part, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) a annoncé le financement de 23 projets dans le domaine de la lutte contre les violences faites aux femmes pour un montant de 19 millions de dollars.
Le total des fonds alloués à de tels programmes a quadruplé depuis l'année dernière et il s'agit donc d'une tendance très encourageante, selon la directrice exécutive de l'UNIFEM, Inès Alberdi, qui a estimé que la campagne lancée par le Secrétaire général, 'Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes' [UNiTE to End Violence against Women] a créé un élan.
Mais les fonds peinent encore à répondre à la demande : les demandes de bourses se sont élevées à 525 millions de dollars cette année, notamment pour des projets dans les pays en développement et dans ceux où la violence sexuelle est devenue une arme de guerre.
News Tracker: autres dépêches sur la question
L'égalité entre hommes et femmes essentielle pour un développement durable en Afrique
mardi 25 novembre 2008
Viols de guerre: les coupables doivent enfin être condamnés
A Monrovia, au Libéria, un panneau encourage les victimes de violences sexuelles à chercher assistance. (Keystone)
Les femmes continuent à payer le prix fort lors des conflits en cours dans le monde. Vulnérables, elles sont victimes d'une arme de guerre parmi les plus méprisables: la violence sexuelle. La doctoresse italo-suisse Monika Hauser lutte contre ce type d'abus depuis des années.
Battues, mutilées, violentées. Impliquées malgré elles dans des guerres d'hommes, les femmes sont souvent réduites au rôle de victimes silencieuses lors des conflits qui déchirent les régions les plus pauvres de la planète.
A l'occasion de la Journée internationale de l'ONU pour l'élimination de la violence contre les femmes le 25 novembre, Monika Hauser dénonce cet état de fait.
Fondatrice de l'organisation humanitaire à but non lucratif medica mondiale, elle s'est récemment vu décerner le Prix Nobel Alternatif 2008 par la fondation suédoise Right Livelihood, qui a ainsi récompensé «son engagement sans relâche en faveur des femmes qui ont subi les violences sexuelles les plus terribles dans quelques-uns des pays les plus dangereux du monde.»
swissinfo: Depuis le début des années 90, vous vous occupez de fournir de l'aide aux femmes dans les zones en guerre. Quels sont vos succès les plus significatifs dans la lutte contre les violences sexuelles?
Monika Hauser: Après des années de travail, nous avons réussi à inscrire ce thème tabou à l'agenda politique international. Sur le terrain, nous avons pu aider des dizaines de milliers de victimes en leur fournissant un soutien pour surmonter le traumatisme subi et refaire leur vie.
Dans chaque pays où nous sommes actifs, de Berlin à Kaboul, nous ne cessons de répéter que les viols commis en temps de guerre constituent une des plus graves violations des droits humains. Les violences sexuelles ont – finalement! – été décrétées crimes de guerre et quelques coupables ont été condamnés au Tribunal international dell'Aia.
Il ne faut pas oublier que dans certains pays comme la Bosnie, les femmes continuent à être tenues pour responsables de ce qu'elles ont subi. Au lieu de recevoir un soutien de la part de la société, elles sont stigmatisées et sont par là doublement victimes.
Grâce l'expérience accumulée dans les Balkans, nous avons pu formuler pour la première fois des standards que nous avons mis à disposition des experts du monde entier.
Monika Hauser. (sp)
swissinfo: Dans quels domaines y a-t-il encore du chemin à faire?
M.H.: La prévention est certainement un thème important. Depuis dix ans, je tente de sensibiliser le Ministère allemand de la défense à propos des agissements de nos soldats, les prétendues 'troupes de la paix', dans les Balkans. Alors qu'ils sont censés protéger la population, ces soldats fréquentent aussi des bordels où des jeunes filles sont traitées comme des esclaves.
La même chose est valable pour les casques bleus en Afrique ou pour les collaborateurs des organisations internationales. Le ministère ne veut pas assumer ses responsabilités et refuse de dialoguer avec nous.
Un autre domaine important est celui de l'impunité. Il existe des tribunaux internationaux et des résolutions des Nations unies, ce qui est évidemment positif, mais la réalité est toujours la même: la volonté d'y avoir recours manque.
swissinfo: Il y a quelque mois, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon a affirmé que la violence contre les femmes a atteint des «proportions inédites»...
M.H.: C'est effectivement le cas! Or, je le répète, c'est une question de volonté politique. Si la disparité entre les sexes et la discrimination à l'égard des femmes persistent, il sera difficile d'accomplir des progrès significatifs.
Prenons l'exemple des procès au Congo ou au Rwanda: les enquêtes de la Cour internationale de justice sont mal conduites, les victimes ne peuvent pas comparaître et les témoins oculaires ne sont pas pris au sérieux. Souvent, les dénonciations pour viol sont tout simplement mises de côté. Au Rwanda, les auteurs de viols reçoivent des médicaments contre le sida alors que leurs victimes n'y ont pas droit.
swissinfo: Vous définissez le viol comme une «arme de guerre». Qu'entendez-vous exactement par là?
M.H. : Cela fait reference aux sociétés patriarcales dans lesquelles la femme est considérée comme la propriété de l'homme. Le viol d'une femme musulmane représente un message clair au mari de la victime: 'Je peux faire ce que je veux avec ta femme, tu n'es pas en mesure de la défendre. Tu es un perdant.'
Il s'agit d'une arme très puissante pour mettre un homme dans une situation de déshonneur. Au lieu de soutenir sa femme, son mari entre lui aussi dans cette logique et la pratique du viol perdure.
swissinfo: Ces dernières semaines, la situation s'est aggravée en République démocratique du Congo. A l'est du pays, les ONG sont très présentes et les Nations unies sont sur place avec la plus grande mission de maintien de la paix. Pourtant la fréquence des abus sexuels est parmi les plus importantes de la planète...
M.H.: Au Kosovo, il y a 15'000 casques bleus pour deux millions de personnes. Au Congo, on compte 17'000 casques bleus pour 60 millions d'individus. Cela ne peut pas fonctionner. Pour une question de proportion, mais pas seulement.
Si nous ne voulons pas assister à un nouveau génocide, il faut clarifier et renforcer le mandat de la mission de l'ONU. Pourquoi n'intègre-t-on pas la prévention des violences sexuelles de guerre dans le mandat des casques bleus ?
Sans la volonté politique, les militaires ne servent à rien. Il faut une intervention plus musclée. En tant que féministe et pacifiste, je suis convaincue que la guerre n'est jamais la solution. Au Congo, nous nous trouvons toutefois devant une situation de crise. Le besoin d'agir est urgent.
swissinfo : Quel est votre message en cette Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes?
M.H.: Les viols de guerre doivent être mis au ban de la société et les coupables condamnés. Les femmes doivent recevoir suffisamment de soutien afin de pouvoir refaire leur vie et avoir la possibilité de participer politiquement à la construction de leur pays.
Interview swissinfo, Luigi Jorio
(Traduction de l'italien: Carole Wälti)
samedi 18 octobre 2008
RWANDA-OUGANDA: Long parcours et amour à distance
Photo: André Catueira/PlusNews ![]() |
| Les chauffeurs de poids lourds longues distances restent pendant des semaines loin de leur famille |
KATUNA, 17 octobre 2008 (PlusNews) - Saïd*, un camionneur originaire de la République démocratique du Congo (RDC), est marié et père de six enfants. Son travail l’oblige à rester sur la route pendant plusieurs semaines d’affilée ; c’est pourquoi, pendant ses longues nuits de solitude, Saïd se tourne vers sa maîtresse, qui habite dans la ville de Malaba, à la frontière entre le Kenya et l’Ouganda.
« J’ai décidé d’avoir une seule maîtresse, parce que si vous sortez avec beaucoup de femmes, vous risquez d’attraper le VIH ou d’autres maladies », a-t-il confié à IRIN/PlusNews. « Je suis marié depuis 13 ans et je fréquente cette maîtresse depuis environ neuf ans ».
Saïd voit sa maîtresse et leurs deux enfants environ une fois par mois. En apparence, Saïd semble peut-être avoir fait le bon choix, en évitant le risque de contracter le VIH à la suite de rapports sexuels sans discernement. Pourtant, si l’on en croit les habitants de Katuna, une ville ougandaise située à la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda, il ne devrait pas se sentir tellement à l’abri.
« De nombreuses femmes d’ici ont au moins trois [partenaires], et chacun pense être le seul homme de leur vie », a expliqué Hope Tumuhimbise, travailleuse du sexe à Katuna, en Ouganda. « Ces femmes ont même des amis dans plusieurs villes, qui peuvent les prévenir quand un camionneur se trouve dans une ville des environs, afin qu’elles puissent se débarrasser d’un autre et faire semblant d’être seules ».
Saïd admet qu’il n’a jamais fait de test de dépistage du VIH et ne peut pas vraiment savoir s’il est le seul homme avec qui sa maîtresse a des rapports intimes.
« J’ai dit à ma femme comme à elle que si elles couchent à droite, à gauche, et qu’elles me donnent le VIH, c’est comme si elles se tuaient elles-mêmes, parce que qui va subvenir à leurs besoins et à ceux des enfants si je ne suis plus là ? », a-t-il dit.
Pour Brian Atuhire, coordinateur de site dans le cadre d’un programme de lutte contre le VIH mené à Katuna par l’organisation non-gouvernementale (ONG) Family Health International (FHI), ces « maîtresses » sont plus difficiles à classer dans la catégorie des travailleuses du sexe, et souvent, les camionneurs ne les voient pas comme telles.
Selon une étude menée en 2008 sur l’utilisation du préservatif chez les travailleuses du sexe qui exercent le long des autoroutes ougandaises (www.ncbi.nlm.nih.gov), celles-ci utilisent des préservatifs dans 74 pour cent des cas, en moyenne, mais ce taux chute à 50 pour cent pour les clients réguliers ; à peine 19 pour cent des travailleuses du sexe ont déclaré utiliser le préservatif 100 pour cent du temps.
« Si c’est une travailleuse du sexe qu’ils rencontrent dans un bar et qu’ils payent pour un seul rapport sexuel, les camionneurs savent qu’ils doivent utiliser un préservatif ; pour eux, c’est évident. C’est avec ces soi-disant épouses ou maîtresses que cela devient difficile », a fait remarquer M. Atuhire à IRIN/PlusNews.
« Les camionneurs payent le loyer de ces femmes, les aident à lancer leurs commerces, et sentent qu’ils ont un certain lien avec elles ; ils pensent que ces femmes sont plus propres, alors ils ne se fatiguent pas à utiliser de préservatif avec elles ».
Traverser la frontière, une affaire risquée
Le risque de transmission du VIH est élevé dans ces villes ; selon les registres de conseil et dépistage volontaires (VCT) du plus grand centre de santé de Katuna, la prévalence atteint environ 11 pour cent, contre une moyenne nationale de 6,4 pour cent ; en 2007, grâce à un système de surveillance clinique anténatale, il a été déterminé que la ville de Gatuna, du côté rwandais de la frontière, dans la province nordique de Byumba, présentait un taux de prévalence du VIH de plus de six pour cent, soit environ deux fois la moyenne nationale.
Certaines femmes de Gatuna, au Rwanda, traversent la frontière pour acheter des vivres à bon marché à Katuna, en Ouganda, puis demandent à des camionneurs de faire passer leurs vivres en contrebande au Rwanda, où elles les vendront par la suite ; un arrangement risqué, qu’elles paient généralement en nature, en vendant leur corps.
Selon Mme Tumuhimbise, surnommée la « présidente » des travailleuses du sexe de Katuna, la plupart des femmes de la ville se livrent au commerce du sexe.
« Il y en a qui restent dans les bars et boivent avec les hommes, et d’autres qui vont crier qu’elles vendent leur corps après avoir fumé de l’herbe [marijuana] ; celles-là, ce sont les malayas [travailleuses du sexe] », a-t-elle noté. « Mais si une femme a son propre logement et son propre commerce, et que les hommes viennent la voir chez elle, c’est difficile de la qualifier de travailleuse du sexe ».
Mme Tumuhimbise tient un restaurant à Katuna, et a eu plusieurs « copains » congolais avant de découvrir qu’elle était séropositive, en 2007. Aujourd’hui, elle encourage les femmes de la région et les camionneurs à utiliser des préservatifs.
FHI travaille également auprès des travailleuses du sexe défavorisées de la région pour leur permettre d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans les secteurs de l’agriculture, du commerce et des technologies de l’information, afin qu’elles puissent trouver un emploi ou lancer leur propre commerce sans devoir se résoudre à vendre leur corps.
M. Atuhire a néanmoins admis qu’il était difficile de concurrencer les camionneurs, qui donnent aux femmes pas moins de 100 dollars chaque fois qu’ils viennent en ville.
En collaboration avec le syndicat des camionneurs de la région de Katuna, FHI tient un SafeT Stop [Arrêt SanT] où les camionneurs peuvent se relaxer, regarder la télévision câblée, jouer au billard et s’informer sur le VIH. Une fois par semaine, une opération de VCT « nocturne » est menée, dans le cadre de laquelle des conseillers psychosociaux interpellent les camionneurs et autres, depuis le balcon du centre, pour les inciter à venir découvrir leur statut VIH.
« Au bout de quelque temps, le message devient routinier : les camionneurs ont déjà tout entendu et savent tout ce qu’ils doivent savoir », a expliqué M. Atuhire. « Nous insistons sur le fait qu’ils doivent toujours mettre un préservatif avec tous leurs partenaires sexuels ; pourvu que ces messages finissent par passer ».
*Un nom d’emprunt
kr/he/nh/ail
vendredi 17 octobre 2008
Agriculture : les femmes, moteur de la production vivrière
La participation des femmes à la conception et aux essais de nouvelles variétés agricoles, machines et outils, a accéléré les innovations et accru la productivité et les revenus dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Rwanda et la Zambie, indique la FAO dans un communiqué. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture vient de publier, avec la Banque mondiale et le FIDA, un manuel examinant la situation des femmes dans la population active rurale. D’après ce document, les femmes qui représentent plus de la moitié de la main-d’œuvre agricole, sont pourtant sujettes à la discrimination à la pauvreté et à la faim. (Jeudi 16 Octobre - 17:06)
lundi 11 août 2008
Un rapport rwandais à prendre au sérieux, par Jean-François Dupaquier
LE MONDE | 11.08.08 | 13h45 • Mis à jour le 11.08.08
Les médias ont accueilli avec scepticisme le rapport rwandais sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates en 1994. Le groupe de travail constitué en 2004 par le gouvernement rwandais ne brillait pas par son intitulé : "Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994".
Sur bien des points, le rapport de la commission Mucyo (du nom de son président, Jean-de-Dieu Mucyo, ancien ministre de la justice, rescapé du génocide) ne fait que reprendre le travail de la mission parlementaire d'information sur le rôle de la France au Rwanda, présidée en 1998 par Paul Quilès. Les parlementaires français, qui avaient eu accès à une bonne part des documents diplomatiques et militaires relatifs à l'intervention au Rwanda à partir d'octobre 1990, n'ont pas manqué de relever le manque de contrôle politique de Paris, voire la connivence avec un régime de type fasciste fondé sur la discrimination ethnique, l'intervention militaire tirant sa source des seuls caprices de François Mitterrand et de ses proches.
La partie du rapport Mucyo consacrée aux errements diplomatiques et politiques français confirme les appréciations de Paul Quilès, en y apportant l'analyse des archives du régime du président Juvénal Habyarimana. Plus nouveau et beaucoup plus grave est le contenu du tome I du rapport Mucyo, qui additionne les témoignages sur ce qui est documenté comme des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par des militaires français, à partir de 1990. La commission Quilès s'était déjà interrogée sur la pertinence de l'engagement de militaires français aux côtés de soldats et gendarmes rwandais dans des opérations de police alors qu'ils se trouvaient au Rwanda pour "protéger les expatriés français". Il s'agissait de contrôles routiers visant à repérer la présence d'"infiltrés", alors que la population tutsi était globalement suspectée par le régime Habyarimana de constituer une "cinquième colonne".
La mission d'information française avait déjà relevé des témoignages sur les exécutions sommaires de civils identifiés aux barrages routiers comme tutsi par leur carte d'identité ethnique sous les yeux de militaires français indifférents sinon "coopératifs", et sur la pratique par des militaires rwandais du viol de femmes ou jeunes filles tutsi, viols auxquels des militaires français auraient participé ou qu'ils auraient eux-mêmes provoqués. Le rapport Mucyo tend à documenter ces pratiques comme fréquentes, voire banalisées.
Depuis 1959, la population tutsi était victime de mauvais traitements et de toutes sortes de discriminations fondées sur une carte d'identité dont la mention ethnique réveillait chez les diplomates français de fâcheux souvenirs. Ces derniers n'avaient que timidement suggéré au président Habyarimana la suppression de la mention ethnique, comme l'a déjà documenté la mission Quilès par le témoignage de l'ancien ambassadeur à Kigali.
Les parlementaires français avaient aussi relevé une autre initiative inquiétante de gendarmes français en mission au Rwanda : la création, au Centre de recherche criminelle et de documentation (CRCD), d'un fichier informatisé des personnes politiquement suspectes, qui évoquait à son tour le sinistre "fichier juif" de Vichy, et qui semble avoir eu la même "finalité" en 1994. Le rapport rwandais est beaucoup plus précis : il cite nommément les gendarmes français en s'appuyant sur des fac-similés de documents administratifs.
Dans l'analyse du jeu des acteurs politiques de notre pays, la commission Mucyo rappelle que les autorités françaises ne pouvaient ignorer que le génocide des Tutsi se préparait au Rwanda, ayant été alertées à plusieurs reprises tant par des diplomates que par quelques hauts gradés militaires. Le volet le plus polémique du rapport reste la volée d'accusations lancées contre l'action française durant l'"opération Turquoise", de juin à août 1994. Si les parlementaires français avaient souligné les errements du commandement militaire dans l'appréciation de la crise et dans le tardif secours aux assiégés tutsi de Bisesero, à présent des accusations d'intentionnalité sont portées contre des militaires français.
Ces derniers, toujours dans une sorte d'osmose sanguinaire avec les forces armées de l'ancien régime, auraient tenté de parachever les desseins de génocide : armement de miliciens, meurtres de Tutsi, viols et incitations au viol, dissimulations de charniers auraient été le lot quotidien d'une armée française accompagnée de journalistes qui pourtant n'ont rien vu de tel ni d'approchant... Cette partie suffit-elle à retirer toute crédibilité au rapport Mucyo ? Doit-on la rejeter sans autre analyse ? Les auditions de détenus, qui fondent une bonne part du travail d'enquête, sont-elles par nature entachées de suspicion ? Le démenti aussitôt porté par le Quai d'Orsay sur le travail de la commission rwandaise ne peut suffire à refermer un chapitre d'histoire que les Français pressentent douloureux.
Parmi les membres de la commission figurent deux universitaires, José Kagabo, historien, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, qui avait été longuement entendu par la mission Quilès, et Jean-Paul Kimonyo, auteur d'une thèse de doctorat à l'université du Québec à Montréal, dont est issu un livre déjà considéré comme l'un des plus profonds et des mieux documentés sur le génocide de 1994. En outre, les interrogatoires de détenus, lorsqu'ils sont menés par des chercheurs ou des journalistes expérimentés, restent une source irremplaçable d'information.
Plutôt que de voir le débat sur les responsabilités de la France au Rwanda s'embourber dans des polémiques de méthodologie, mieux vaudrait poursuivre le travail engagé par Paul Quilès voici dix années. L'ancien ministre socialiste de la défense suggérait de rouvrir le dossier plus tard, par une véritable commission d'enquête parlementaire, pour peu que des éléments nouveaux surviennent. Depuis 1998, les révélations n'ont pas manqué.
Le rapport Mucyo, qui mérite vérification, constitue un de ces "faits nouveaux". Le dixième anniversaire du rapport parlementaire français, en décembre 2008, pourrait être l'occasion de parachever le travail de mémoire et de clarification indispensable. C'est à ce prix que la France pourra se réconcilier avec sa propre mémoire avant d'entamer une réconciliation avec le Rwanda, mais aussi avec le reste du monde, souvent mieux informé que les Français sur ce qui a été fait en leur nom au Rwanda...
Jean-François Dupaquier, écrivain-journaliste
Article paru dans l'édition du 12.08.08.

























