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Rwanda par Cathy et José

L'Amour entre deux familles que le hasard a réuni .

vendredi 24 octobre 2008

Jean-Paul MARI

Par Anne Crignon

La douleur de la guerre vous tue. Il n'y a rien à faire, ce mal infuse dans l'âme comme un poison à retardement. Quelle vie après l'Irak ou la Bosnie? Dans le meilleur des cas, l'atroce souvenir des choses vues; dans l'autre, l'impossible réconciliation avec soi-même: tragique problème de santé publique totalement tabou. Quel soldat se pardonnera d'avoir tué?

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Jean-Paul Mari cache ces pensées derrière la fumée de ses longs cigares. Au journal, on l'aime bien. On ne sait jamais où il va, ni quand il reviendra. Il a donc fallu ce livre pour savoir à quoi songe notre ami, au retour de ses reportages dans les pays en guerre: à l'esprit blessé des hommes. Le jeune appelé au Rwanda ayant mené à la pelleteuse des centaines de cadavres à la fosse hésitera sa vie entière entre folie, automutilation et suicide. Dans la pénombre de son appartement parisien, un psychiatre de l'armée explique ce que sont les reviviscences, ces effroyables flash-back psychiques.

Il y avait cette salle de classe dans un village de Bosnie. Chaque gosse était à son pupitre, le carnet ouvert, la joue posée sur la table, tous égorgés. Ce que cet essai raconte n'est pas dans les articles: les larmes et le destin fragilisé du jeune soldat entré dans la classe après le crime. Les combattants sont des enfants, eux aussi - 20 ans à peine, parfois. Comme Jean Hatzfeld, Jean-Paul Mari fait le reportage de l'indicible. C'est osé car le fond de l'air est superficiel mais, venant de lui, que «Sans blessures apparentes» soit un grand livre ne surprendra guère.

A.C.

«Sans blessures apparentes. Enquête sur les damnés de la guerre», par Jean-Paul Mari, Laffont, 296 p., 20 euros.

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lundi 6 octobre 2008

Les mots comme linceul

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Détail de "La femme aux pieds nus" [Gallimard - Continent noir]

Ecrire, c’est faire quelque chose pour les morts.

La Rwandaise Scholastique Mukasonga écrit pour que les siens ne soient pas oubliés. Dans "La femme aux pieds nus", elle rend un hommage à sa mère.

Dans un premier récit, Inyenzi ou les cafards, Scholastique Mukasonga a raconté la folie meurtrière qui, au Rwanda, a abouti au génocide de 1994 qui a fait plus de 800 000 victimes.

Dans La femme aux pieds nus, l’auteur revient sur les années soixante, lorsque sa famille et bien d’autres tutsis ont été déportés dans la région inhospitalière de Nyamata. L’auteur, qui vit aujourd’hui en Normandie, rend hommage à sa mère, Stefania, Mère Courage comme le furent tant d’autres femmes rwandaises. Elle raconte la détermination de celles qui, à tout prix, tentèrent de sauver leurs enfants.

Si Scholastique Mukasonga écrit, c’est parce que sa mère lui a demandé de se sauver et de les sauver de l’oubli par la transmission.

Les mots recouvrent ainsi les corps que jamais l’auteur n’a pu revoir. Mais ils les font aussi revivre.

Par Anik Schuin

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mercredi 1 octobre 2008

Murambi : le livre des ossements

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« Et tous ces Tutsi à tuer ! »

« Tubatsembatsembe ! Il faut les tuer tous ! » Harcelés par les tutsi du FPR, les hutu qui assument un pouvoir chancelant, décident de mettre en œuvre une solution radicale : l’éradication définitive des tutsi du Rwanda. Alors, un gigantesque génocide s’abat sur cette ethnie, une tuerie méthodique et organisée, ancestrale et bestiale, sans aucun état d’âme, froide comme la lame de la machette mais épuisante tout de même. « Tuer autant de personnes sans défense nous posera sûrement des problèmes. A la longue, cela peut-être monotone et lassant. »

Quatre ans après cette gigantesque boucherie où périrent huit-cent-mille, un million, un million-deux-cent-mille, … Rwandais en quelques jours ? Mais comment les compter, Fest’Africa lance un projet auquel répondent dix écrivains africains dont Boubacar Boris Diop, pour partager le deuil de ce peuple, témoigner de sa douleur et constituer une œuvre pour la mémoire des disparus et pour la reconstruction des survivants. Boubacar a choisi la fiction pour construire son témoignage après avoir écouté de nombreux témoins qui ne pouvaient encore que difficilement mettre des mots sur l’indicible. Les regards étaient encore plus lourds que les mots. Mais en fait, c’est un témoignage sans concession, même pour les Français, qu’il livre à travers l’histoire de deux Rwandais : Jessica, la jeune femme héroïque qui prend tous les risques pour infiltrer les hutu dans la ville en sang et renseigner les rebelles tutsi, et Cornelius qui a quitté le Rwanda avant le génocide pour échapper à d’autres massacres prémonitoires et a vécu une jeunesse paisible à Djibouti pendant qu’on décapitait son peuple à la machette. Cornelius rentre au pays où il retrouve ses quelques amis survivants dont la courageuse Jessica qui a échappé au massacre, et doit affronter la destinée de sa famille qui a connu les affres du bourreau et de la victime. Il devra faire un long chemin avant «de penser à ce qui peut encore naître et non à ce qui est déjà mort. »

Pour rendre son récit encore plus véridique et plus crédible, tel le rapport d’un médecin légiste, Diop parsème son oeuvre de témoignages tous plus cruels les uns que les autres où la sauvagerie le dispute au cynisme et la veulerie à la cupidité. C’est un témoignage sans émotion particulière, des faits, des faits bruts, insoutenables, accusateurs qu’il faudra garder en mémoire pour reconstruire un peuple même s’il y a un fleuve de sang entre les ethnies. « Tout cela est absolument incroyable. Même les mots n’en peuvent plus. Même les mots ne savent plus quoi dire. »

Bien qu’il ait inscrit « roman » sous le titre de son ouvrage, Diop n’essaie pas de nous conduire dans une histoire, il veut nous imprégner de son témoignage et de son analyse. « Il dirait inlassablement l’horreur. Avec des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et des mots couverts de sang et de merde. » Et, un jour peut-être, le pardon donnera naissance à un nouvel espoir, « … les morts de Murambi faisaient des rêves, eux aussi, et … leur plus ardent désir était la résurrection des vivants. »

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jeudi 24 juillet 2008

Boubacar Boris Diop

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Boubacar Boris Diop est né le 26 octobre 1946 à Dakar (Sénégal). Romancier, essayiste, dramaturge, scénariste, il a travaillé au Ministère de la Culture sénégalais comme conseiller technique et a enseigné la littérature et la philosophie à l'Université de Dakar pendant plus d'une dizaine d'années. Il a également longtemps travaillé comme journaliste pour divers journaux africains ou européens et a dirigé un quotidien indépendant du Sénégal, Le Matin de Dakar. Engagé activement dans la vie politique et la défense des cultures de l'Afrique, Boubacar Boris Diop s'est rendu en 1998 avec dix autres écrivains africains au Rwanda -- à l'époque encore traumatisé par le génocide de 1994 -- et a participé au collectif d'écriture Rwanda: écrire par devoir de mémoire. Cette expérience l'a fortement marqué et a inspiré en partie plusieurs de ses futurs récits comme entre autres Murambi, le livre des ossements (2000).
Boubacar Boris Diop est l'auteur de plusieurs romans, dont notamment Le Temps de Tamango (1981), Les Tambours de la mémoire (1991, Prix des Lettres du Sénégal), Les Traces de la meute (1993), Le Cavalier et son ombre (1997, Prix Tropiques), Murambi, le livre des ossements (2000), Doomi Golo (2003, écrit directement en langue wolof), L'impossible innocence (2005) et Kaveena (2006). Il est aussi l'auteur d'un essai sur les questions africaines, L'Afrique au-delà du miroir (2007) et d'une pièce de théâtre, Thiaroye, terre rouge (1990). Boubacar Boris Diop a également participé à divers ouvrages collectifs comme L'Europe, vues d'Afrique (Nouvelles, 2004) et a cosigné les ouvrages Négrophobie (avec François Xavier Verschave et Odile Tobner-Biyidi, 2005), L'Afrique au secours de l'Occident (de Anne-Cécile Robert, 2006) et Au sortir de l'enfer (de Jean-Marie Vianney Rurangwa, 2007).

Copyright © N. B. / La République des Lettres, mercredi 23 juillet 2008

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mercredi 23 juillet 2008

Rwanda 94

De Cécile Grenier, Ralph et Pat Masioni
Une approche périlleuse du génocide
Christophe Cassiau-Haurie
publié le 23/07/2008

Les deux tomes de Rwanda 94 relatant le génocide rwandais abordent le sujet avec un parti pris discutable au risque de soulever certaines questions.


Raconter un génocide en bande dessinée est une question délicate. Les œuvres les plus marquantes sont Maus de Art Spigelman en 1987, Auschwitz de Pascal Croci (2002) et pour le génocide des khmers rouges, l'extraordinaire travail de Séra (Impasse et rouge en 1995, L'eau et la terre en 2005 et Lendemains de cendres en 2007). Le drame arménien a également donné lieu à différentes œuvres, en particulier Sang d'Arménie de Vidal et Clavé (1986) et, prévue pour janvier 2009, une adaptation en français de Silence de Tigran Mangassarian.

Le cas rwandais est différent. Le génocide a eu lieu il y a moins de quinze ans et reste encore frais dans les mémoires. Parmi les auteurs à avoir abordé le sujet, certains ont vécu l'évènement (Jean Claude Ngumire - Umwana nk'undien 2001ou Rupert Bazambanza - Sourire malgré tout en 2005), d'autres ont mené une véritable enquête de terrain (Jean Philippe Stassen avec sa trilogie : Deogratias en 2000, Pawa en 2002 et Les enfants en 2004) ou y ont fait plusieurs séjours avant et après le génocide (l'auteur flamand Jeroen Janssen - Muzungu Sluipend gif en 1997). Certains, enfin, ont vécu les évènements de suffisamment près pour en témoigner (les Congolais du Kivu Willy Inongo et Senga - couples modèles, couples maudits en 2001). Tous ces auteurs ont moins fait un travail mémoriel qu'un récit des événements. Leurs albums, y compris les quelques BD parues au Rwanda sur ce sujet, développent rarement les scènes de violence sans que cela nuise à l'intensité du message. C'est en particulier le cas de Deogratias de Stassen qui s'attache à la douleur née du génocide, des albums de Ngumire et Inongo qui reviennent sur les conséquences des massacres ou celui de Janssen qui essaie d'analyser les causes du génocide.

Une approche macabre sur un scénario discutable

Il en est tout autrement avec Rwanda 94. En 2005, paraissait le tome 1 de cette série, sous le titre Descente en enfer chez Albin Michel. Les auteurs, les Français Cécile Grenier, Ralph (scénario) et le Congolais Pat Masioni (dessin) faisaient le récit détaillé du génocide rwandais de 1994 à travers le parcours d'une jeune femme tutsi Mathilde et de son fils dans un pays plongé en pleine folie meurtrière. En avril 2008, les trois auteurs récidivaient avec le tome 2, intitulé le camp de la vie aux éditions Vent des savanes. La lecture de ces deux albums procure un certain malaise qui tarde à se dissiper une fois le livre refermé….

Là où tous les autres auteurs suggèrent, font allusion et montrent par petites touches la réalité des tueries, le tome 2 de Rwanda 94 prend le parti de montrer dans toute leur étendue, des charniers et des cadavres par dizaine. En imposant au lecteur des scènes de massacre à chaque page d'une histoire sans intrigue, les auteurs ne laissent pas place à la réflexion et à la distance sur cet évènement. En sombrant dans des mises en scène spectaculaires et macabres, ils rajoutent la violence des images à la violence de la situation. Écœuré puis blasé par tant de violence et d'horreurs, le lecteur finit par ne plus remarquer les visages et passe sur les "détails" que sont les scènes de meurtre.

En faisant ce choix, les auteurs basculent dans l'indécence et l'impudeur et prennent le risque de provoquer l'indifférence. Au lieu de rendre compte de la spécificité d'un génocide, ils le banalisent, et risquent de conforter le lecteur occidental non averti dans l'idée que l'Afrique est le continent de toutes les horreurs et que le Rwanda n'est qu'un massacre de plus où les gentils sont vraiment gentils et les méchants, vraiment méchants.

Les auteurs se sont visiblement heurtés à la grande difficulté de rendre compte du génocide rwandais. En effet, celui-ci diffère en profondeur des autres évènements similaires. Au Rwanda, il n'y a eu ni déportation en masse, ni convoi de la mort. Ici, aucun camp de concentration, aucune marche de la mort à travers le pays comme en Arménie, aucune évacuation de ville comme à Phnom Penh vers les rizières. Il n'y avait pas non plus, à l'image des shtetls d'Europe centrale, de villages distincts tutsi ou hutu. Les gens étaient mélangés. Tout s'est donc fait "à la maison" entre personnes qui se connaissaient et se côtoyaient au jour le jour. Il s'agit, historiquement, du premier "génocide de voisinage". Dans ces conditions, comment rendre compte symboliquement, graphiquement de cette réalité ?

Le scénario léger de Rwanda 94 peut poser question. Témoin, la simplification scénaristique sur le retour des réfugiés hutu au Rwanda. Les auteurs la situent en 1994 alors qu'elle a eu lieu en 1996. Cela ne pose pas de problèmes en soi puisqu'ils le mentionnent dans une note. Par contre, il aurait été bon de mentionner que le retour des réfugiés a eu lieu suite à l'attaque par les troupes du FPR du camp de Mugunga près de Goma (Kivu - Zaïre à l'époque) en novembre 1996. Cette attaque se justifiait par les incursions incessantes des miliciens hutu de l'autre coté de la frontière. Elle a également permis la libération et le retour vers leur pays d'environ 600 000 personnes, souvent innocentes. Mais elle a aussi entraîné la fuite et la "disparition" de 300 000 hutu, en particulier des femmes et des enfants pris en otage et pourchassés par l'APR. Pourquoi terminer le récit en n'y faisant aucune allusion ? Est-ce par souci de simplification pour que le lecteur ne s'y perde pas ? Est-ce parce que certains responsables politiques français s'en sont servis pour parler de "double génocide" ?

La mise en cause explicite de l'armée française se révèle également très dérangeante. L'implication de la France (et de son armée) dans la période précédent le génocide est quasi avérée. Aveuglément, calcul ou ingénuité, la France a conforté le pouvoir en place à Kigali dans sa dérive meurtrière et lui a prêté main-forte dans sa lutte contre le FPR entre 1990 et 1994. De plus, l'Opération Turquoise, si elle a permis d'arrêter les massacres dans trois préfectures du pays a également profité à certains génocidaires. Ce constat a été mis en lumière en 1998 dans le rapport Quilès suite à une mission d'enquête parlementaire (1). Le président Paul Kagamé, dans son discours du 10ème anniversaire du génocide en avril 2004, alla plus loin et accusa les militaires français d'avoir œuvré directement au génocide. Depuis, plusieurs témoignages sont apparus, plus de 10 ans après les faits (2). En 2005, il y eut même le dépôt d'une dizaine de plaintes individuelles auprès du tribunal des armées et la publication d'un rapport d'une Commission d'enquête citoyenne avalisant la complicité, voire même la participation active, de militaires français au génocide (3). C'est cette version qui fut retenue sans conditions par les scénaristes. En effet, dans Rwanda 94, les crimes des soldats français sont décrits dans les deux tomes. Le doute subsiste encore dans le premier volume où l'on voit des militaires, désignés comme français par les tueurs hutu, triant les tutsi aux barrages, filtrant les réfugiés et participant à leur mise à mort. Mais l'absence de cocardes, de grades, de fanions pouvait encore laisser penser à des mercenaires ou des soldats perdus comme on peut en trouver dans tous les conflits dits "civils" (4). Le tome 2 est cependant beaucoup plus explicite. On y voit un réfugié hutu précipité d'un hélicoptère par des militaires français vers le sol où l'attendent ses meurtriers pour le "découper". Cette scène a lieu, selon le scénario, lors de l'Opération Turquoise. On voit également des militaires français donnant des ordres aux miliciens pour traquer des civils et les tuer, etc. Qu'importe que l'armée française ait quitté le Rwanda le 12 avril, après l'opération Amaryllis qui a permis d'évacuer les ressortissants européens ainsi qu'apparemment 130 responsables génocidaires hutu et leurs familles, qu'importe l'impossibilité que des militaires, visiblement encadrés et agissant sur ordre, aient pu se prêter à ce genre d'agissements, ce qui implique forcément des ordres d'en haut et donc des responsabilités politiques…

Les faits en question

Les scénaristes n'ont évidemment pas inventé tout cela. Ils se fondent sur plusieurs témoignages selon Cécile Grenier qui a passé sept mois au Rwanda en 2003 : "Ce n'est toutefois pas basé sur un seul témoignage, mais sur plusieurs et à différents endroits ; il n'est donc à priori pas question de remettre en doute ces témoignages […] Ainsi nous a-t-il fallu d'abord les relativiser et on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on retrouve ces témoignages-là ailleurs avant de leur accorder du crédit. Et il se trouve que, très naturellement, au fil des interviews, malheureusement, et dans la bouche aussi bien de miliciens, de rescapés que de paysans témoins, on a pu très facilement faire des recoupements. Ensuite, une fois que je suis rentrée en France, il se trouve que deux autres équipes ont fait ce genre d'enquête, et ont recoupé de la même manière ce type de témoignages. Puis ont commencé les auditions de la commission Mucyo qui les ont également recoupés. (5)" On ne peut donc que croire en l'honnêteté intellectuelle des auteurs et à la véracité des témoignages, en souhaitant fortement qu'il n'y ait eu ni intoxication ni affabulations collectives. L'Opération Turquoise s'est faite sous le feu des caméras et accompagnée d'un certain nombre de journalistes dont beaucoup n'étaient pas dupes du but humanitaire de cette opération (6). Elle a dû également recueillir l'assentiment des Nations Unies et l'accord du bout des lèvres du FPR. La question des conditions dans lesquelles ces témoignages ont été recueillis peut se poser.

Car, entre rupture diplomatique, poursuite judiciaire, déclarations fracassantes, accusations réciproques et mémoires douloureuses, les relations entre les gouvernements français et rwandais, porteur d'une double légitimité de vainqueur militaire et de martyre (7), sont infiniment compliquées. Il serait cependant infiniment dommageable que des faits véhiculés rapportés dans la BD se révèlent faux après avoir été véhiculés auprès des jeunes et des adolescents à travers une bande dessinée…

Si l'honnêteté de la démarche des auteurs n'est pas remise en cause, on peut cependant être étonné par la lecture des deux pages du dossier final rédigé par Cécile Grenier résumant le Rwanda de l'après génocide et dont la partialité des informations peut être questionnée. Passe encore d'oublier de préciser que plus de 50 % du budget rwandais est constitué par des aides ou des prêts de bailleurs de fond, ce qui relativise le fameux miracle économique rwandais tant loué par l'auteur. Par contre, qualifier le pouvoir en place de "démocratique mais fort seul moyen à ce jour de garantir une paix toujours mise en danger par les extrémistes et les promoteurs du génocide" peut déconcerter le lecteur. N'est-ce pas la lutte contre les "extrémistes et les promoteurs du génocide" qui a eu pour conséquence l'invasion de l'ex-Zaïre par les troupes Rwandaises ? Pas un mot n'est dit sur l'invasion et l'occupation de ce pays - dont est originaire Pat Masioni - par les troupes du FPR entre 1996 et 2004. Cette occupation qui aurait fait trois millions de victimes (8) dans l'indifférence générale est une donnée essentielle pour parler du devenir du Rwanda post 1996. De même, avancer que l'élection présidentielle du 25 août 2003 "a légitimé le président de la République" relève d'un joli sens de la litote pour un pays où l'opposition est muselée (9) et où Kagamé a été élu à l'issue d'une campagne houleuse, avec plus de 95 % des voix.

Enfin, l'affirmation du révisionnisme supposé de la France peut également étonner alors qu'aucun responsable politique français ne nie la réalité du génocide (10). La France, à qui on peut reprocher bien des choses, a même été représentée par un ministre aux commémorations de 2004. Drôle de façon de verser dans le révisionnisme….

Les deux tomes de Rwanda 94 posent plus généralement la question de la représentation des génocides. Dans ce cas-là, le choix de la BD peut être périlleux parce qu'il entraîne nécessairement des partis pris esthétiques et parce que la simplification n'est jamais loin. Comme l'écrivait le scénariste Appollo en 2001 à propos de Deogratias : "on ne peut accepter de lire un génocide comme un simple prétexte à la fiction. (11)" Toute tentative en ce sens est forcément partiale et parcellaire. L'approche de Lanzman dans Shoah ou de Jean Hatzfeld dans sa trilogie (12) semble alors la meilleure qui soit : la parole brute aux victimes sans représentation de l'événement, sans jugement, et, surtout, avec un strict minimum d'adaptation.

Face aux interrogations soulevées par la lecture de Rwanda 94, on peut se poser la question du support de la BD pour rendre compte d'un tel événement. Maus, le chef-d'œuvre du bédésiste Art Spigelman démontre magistralement que cela est possible mais il est vrai qu'il a été publié quarante ans après la Shoah, avec le recul nécessaire qui a peut-être manqué aux auteurs de Rwanda 94.

Christophe Cassiau-Haurie

1. Pour un développement de ces faits en image, ci-joint "http://www.dailymotion.com/relevance/search/rwanda%2Bfrance/video/x1fkxu_la-france-et-le-genocide-en-1630_news"

2. Une commission d'enquête rwandaise dite Mucyo, dont les conclusions devraient été rendues publiques en juillet, rapporterait également ces accusations.

3. On peut lire ces travaux sur "http://cec.rwanda.free.fr/documents/biblio.htm". Au lecteur de juger....

4. Témoin, par exemple, le vol de la banque nationale de Bouaké (Côte d'Ivoire) par des soldats français pourtant chargés de la surveiller. Des faillites individuelles sont donc possibles.

5. "http://fr.allafrica.com/stories/200805220825.html"

6. Cf. l'ouvrage de Patrick de Saint Exupery, L'inavouable, Les arènes, 2004.

7. Car ce n'est pas une opération extérieure (comme par exemple l'intervention vietnamienne au Cambodge ou défaite militaire face aux alliés dans le cas turc ou nazi) qui a permis la libération des rescapés mais la victoire finale d'une armée composée essentiellement de soldats de l'ethnie martyre (l'APR).

8. Rapport de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, 2003.

9. Les rapports annuels d'Amnesty international en parlent suffisamment.

10. Le journal Le monde mettra cependant longtemps à utiliser le terme de génocide, de même que François Mitterand à le reconnaître publiquement.

11. "http://du9.org/Deogratias"

12. La saison des machettes, Dans le nu de la vie, La stratégie de l'antilope.

couv_10808
Rwanda 1994 : Descente en enfer
couv_10809_1
Rwanda 1994, Tome 2 : Le camp de la vie
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rédacteur de l'article
Cassiau-Haurie Christophe
personnes
Ralph
Austini Alain
Grenier Cécile
Masioni Pat
descriptif des livres
Rwanda 1994 : Descente en enfer
Rwanda 1994, Tome 2 : Le camp de la vie
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Le Canada dans la Mafiafrique

Un livre fait actuellement scandale au Canada et la petite société d’édition qui l’a produit est poursuivie en justice par Barrick Gold, la plus grosse compagnie aurifère du monde, qui lui réclame 6 millions de dollars US dans le seul but de l’acculer à la faillite.

LES mines de diamants, de cobalt, d’or et de cuivre, les gisements pétroliers, les barrages géants, ou encore les sociétés de chemin de fer constituent la part substantielle du gâteau africain que s’est arrogé le Canada. Et à l’aune de leurs profits astronomiques, les sociétés minières sont celles qui se taillent la part du lion.
Barrick Gold est la plus grosse compagnie aurifère du monde. Elle exploite 27 mines d’or, d’argent et de cuivre, sur les cinq continents. L’entreprise est inscrite à la Bourse de Toronto, comme 60 pour cent des sociétés minières du monde.
La somme que cette compagnie exige pour « dommages moraux compensatoires » (5 millions) et à titre de « dommages punitifs » (1 million) représentent 25 fois le chiffre d’affaireq annuel de l’édition canadienne.

Que reproche-t-on à ce livre du "Collectif Ressources d’Afrique, intitulé Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique" ? Attaqué dès sa sortie au mois d’avril, le livre (350 pages) a été très bien accueilli par le public au Canada et il est en principe disponible en France depuis le mois de juin.
« Pour nous, ce livre est un test pour la démocratie canadienne et la liberté d’expression », a déclaré l’auteur, Alain Deneault, docteur en philosophie et auteur d’un autre ouvrage sur les paradis fiscaux. "Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique" veut ouvrir un débat public au Canada, « légitime et nécessaire », sur les agissements des grosses compagnies canadiennes hors leurs frontières. « Les citoyens financent sans le savoir des abus, par leurs placements en Bourse ou leurs régimes de retraite, leurs banques, leurs compagnies d’assurance. Les fonds de placement, étatique ou non, qui gèrent l’épargne des Canadiens en l’investissant dans ces sociétés cotées en Bourse à Toronto, font dépendre les citoyens de leurs activités à l’étranger. Les Canadiens ont le droit de savoir ce qu’il advient de leurs actifs », a ajouté Alain Deneault.
"Noir Canada..." réunit à la base une compilation de très nombreuses informations déjà existantes et disponibles, tels les rapports d’experts mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU, des observations de la commission parlementaire congolaise que préside Christophe Lutundula ; ou encore les dépositions des journalistes Wayne Madsen et Keith Harmon Snow devant le Congrès américain, et les écrits d’autres journalistes spécialisés dans les “affaires africaines”.
Aucun de ces documents n’a fait l’objet de poursuite judiciaire, mais leur recoupement, dans une lecture qui s’attache à analyser le mode opératoire de quelques grosses compagnies canadiennes en Afrique, et la façon dont elles sont “protégées”, quoi qu’elles fassent, a déclenché les mesures d’intimidation de Barrick Gold.

En pure perte, car depuis trois mois, ces intimidations n’ont fait que faire redoubler d’énergie les soutiens du "Collectif Ressources d’Afrique", qui multiplient les manifestations culturelles et interventions radiophoniques, tant au Canada (Montréal, Ottawa) qu’à Paris où a eu lieu en juin, au FIAP Jean-Monnet (foyer d’accueil international) une soirée de soutien réunissant les auteurs et le journaliste Xavier Harel (La Tribune), auteur de "Afrique, pillage à huis clos".
Lors d’une émission "Paris-Françafrique", préparée par Survie-Paris, sur radio libertaire, William Sacher, l’un des co-auteurs de "Noir Canada..." avec Alain Deneault et Delphine Abadie, a pointé les temps forts du livre, qui correspondent à des actions particulières de ces sociétés, ayant sur les populations riveraines des conséquences dramatiques, lesquelles ne sont jamais prises en considération et jamais réparées. Homicide et génocide involontaires au cyanure (Mali, Ghana), financement de camps rivaux et armement de “seigneurs de guerre” (Congo, Rwanda, Ouganda) ; étranglement des activités agricoles d’une région par la construction de barrages géants - les Africains les appellent des “éléphants blancs”. Aucune de ces actions, si elles intervenaient ailleurs qu’en Afrique, ne resterait impunie.
Par ailleurs, les auteurs de "Noir Canada..." soulignent le caractère de « paradis judiciaire » de tout un ensemble de mesures prises par le gouvernement canadien pour protéger, à la Bourse de Toronto, non seulement les compagnies minières canadiennes, mais l’ensemble des compagnies minières du monde. La Bourse de Toronto est connue pour avoir pris le relais de celle de Vancouver - un temps qualifiée par Forbes de “capitale mondiale des arnaques” - dans l’opacité qu’elle offre aux compagnies minières mondiales tant dans les mécanismes d’enrichissement, que dans les conditions d’acquisition et d’exploitation des mines.
Enfin, le rôle de l’agence de Coopération & Développement International (ACDI), un des membres du Conseil canadien de l’Afrique, est mis en lumière
premièrement en tant que fonds d’investissement pour les sociétés canadiennes qui s’installent dans le monde et singulièrement en Afrique et deuxièmement en tant que principal promoteur d’une image “marketing” qui fait du Canada, aux yeux des Canadiens eux-mêmes et du reste du monde, le “bon gars” de l’intervention économique internationale.
Une image que les auteurs récusent en la confrontant aux conséquences réelles de plusieurs de ces interventions.

P. David

"Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique", par Alain Deneault, avec Delphine Abadie et William Sacher - édition Ecosociété (ISBN 978-2-923165-42-4)

Le Canada dans la Mafiafrique
Témoignages du mercredi 23 juillet 2008 (page 7)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=31228

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Goma : heurs et malheurs d’une apprentie journaliste

Dans son roman, « Bienvenue à Goma », sorti en avril dans les librairies, Isabelle Collombat s’est inspirée de sa propre histoire pour nous conter les heurs et malheurs de Lucie, jeune apprentie journaliste qui se retrouve « par hasard » plongée dans l’Afrique du génocide rwandais.

Fraîche émoulue d’une école de journalisme, Lucie, la narratrice de ce roman, est stagiaire dans une radio commerciale en avril 1994, lorsque s’enclenche au Rwanda le génocide des Tutsis. Cantonnée au découpage des dépêches d’agences, la stagiaire observe à loisir le fonctionnement et les hiérarchies d’une rédaction cramponnée à l’audimat. Travers, mesquineries, petitesses et lacunes de la gent journalistique nous sont gentiment contés jusqu’à ce qu’au mois de en juin, le président Mitterrand et son premier ministre Balladur décident d’envoyer l’armée française sur la zone.

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L’opération Turquoise permet à plusieurs médias hexagonaux, dont la radio de notre stagiaire, de s’offrir à peu de frais des envoyés spéciaux dans l’Afrique des grands lacs, où vient de se dérouler, dans l’indifférence générale, le dernier génocide du XXème siècle. Goma, située dans l’Est de ce qui était encore le Zaïre [1] de Mobutu, est la capitale des organisations humanitaires onusiennes venues « traiter » le million de réfugiés rwandais hutus fuyant l’avance du FPR [2] de Kagamé. C’est aussi la base logistique des unités françaises de Turquoise et le centre de repli du gouvernement et de l’administration génocidaire, responsable de l’assassinat de plus de 800.000 Tutsis et Hutus « modérés ». En bref, le centre névralgique des événements de 1994.

La journaliste stagiaire, dont le récit revêt des aspects autobiographiques –Isabelle Collombat était à Goma pendant l’été 1994-, est plongée dans ce magma humain. Et elle y perd au passage beaucoup d’illusions sur l’ONU, le rôle de la France et de son armée, le métier de journaliste… Bienvenue à Goma, c’est aussi adieu Tintin.

À lire et relire sur Bakchich :

Isabelle Collombat, « Bienvenue à Goma », Édition du Rouergue, avril 2008, 10 €

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mercredi 16 juillet 2008

Le linceul rwandais

untitledLes récits de Scholastique Mukasonga se situent dans ce courant littéraire qualifié d’écriture de l’après-Rwanda. Tutsie installée en Normandie, seule survivante des trente-sept membres de sa famille directe, elle a témoigné du quotidien des persécutions au Rwanda jusqu’en 1994 dans un premier ouvrage paru en 2006 chez Gallimard, Inyenzi ou les Cafards. Si ce récit autobiographique visait à rendre compte des différentes étapes de la purification ethnique ayant abouti au génocide, son second ouvrage, La Femme aux pieds nus, met l’accent sur le rôle des femmes tutsies dans la tentative de préservation du lien social.

Stefania, la mère de l’auteure, assassinée pendant le génocide, est le personnage central du récit. Autour d’elle se réorganisait la vie des déplacés au village de Nyamata dans le Bugesera, une région inhospitalière à la périphérie du Rwanda. Une vie traquée où les rires de la fratrie s’abîment dans le fracas des tôles de la case renversée par la soldatesque. Ici, les dits de la terreur côtoient ceux d’une enfance apaisée par la présence de celle qui s’acharne à maintenir coûte que coûte la cohésion du groupe. D’autres portraits de femmes, touchants, cocasses, émaillent la composition : Suzanne, la garante de la virginité des filles à marier ; Claudia, la fille sans mari ; Kilimadame, qui introduit le pain à Nyamata. Elles constituent le parlement des femmes, la trame du pagne communautaire.

Mukasonga reconstruit son Afrique, son Rwanda. Celui de la vie quotidienne au village et cette obsession permanente : sauver les enfants. Elle se souvient de sa mère guettant les bruits, les signes, repérant les cachettes, creusant sous son lit un tunnel dérisoire pour protéger une hypothétique fuite. Pourtant, au fil du récit, la vie reprend son cours. Stefania construit l’inzu, la demeure originelle où puiser force et courage. Gardienne du feu, elle est aussi celle de la tradition. C’est elle qui cultive le sorgho, le « roi des champs », et qui célèbre la fête des moissons selon les rites ancestraux. Tandis qu’elle procède aux incantations, le père dit le bénédicité, et les plantes de bon augure, celles des médecines traditionnelles, voisinent avec les palmes du dimanche des Rameaux bénites par les « bons pères ». Le pays des Blancs, on y accède par le baptême ; mais les mères de famille font de la résistance, et les histoires de la Bible s’arrêtent là où commencent les contes, le point d’ancrage. Il convient de se concilier Marie au même titre que Ryangombe, le maître des esprits : « Il faut sarcler tous les sorghos (...), on ne sait jamais celui qui donnera le premier. » La terreur de la persécution n’éteint pas le désir, et les flaques d’eau servent de miroir aux belles. Stefania est une marieuse réputée, juge des canons de la beauté mesurés à l’aune de la vache royale dont le beurre sert de remède universel.

Dans ce récit composite, l’auteure fait à la fois œuvre d’ethnologue sourcilleuse et de conteuse, investissant le champ de l’imaginaire avec cette empreinte poétique puisée dans la grammaire de l’oralité. C’est cette double tonalité qui donne son originalité au récit. Avec la méticulosité opiniâtre du survivant qui n’omet ni le moindre geste ni le moindre détail, et moins encore le rituel, elle recouvre le corps exposé de sa mère d’un linceul de mots, s’acquittant ainsi de sa dette car « personne, lui disait-elle, ne doit voir le cadavre d’une mère ».

Marie-Joëlle Rupp.

Édition imprimée — mai 2008 — Page 28

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mardi 1 juillet 2008

Tome 2 - Le camp de la vie

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Dans un Rwanda déchiré par la guerre civile tout autant que les acteurs de cette guerre sont manipulés et fanatisés, Mathilde est toujours aux mains de ceux qui la gardent captive et qui l’exploitent.

Malgré le mutisme dans lequel son horrible passé récent l’a plongée, Mathilde a bien voulu s’accrocher à ce témoignage qui lui a été fait comme quoi son fils qu’elle croyait mort, Paul, est en réalité toujours bien vivant.

L’espoir était mince. Trop mince. Mais il a suffit pour qu’elle en ait le cœur net et pour qu’elle aille se prouver ces dires. Cependant, sortir des griffes de ses ravisseurs allait être tout sauf facile...

Sbuoro

AVIS :

C’est presque dommage que cet album paraisse si longtemps après les événements sanglants qui ont touché l’Afrique des grands lacs mais force est de reconnaître que cette parution tardive s’impose finalement comme une nécessaire piqûre de rappel. Car c’est le problème avec ces conflits du bout du monde qui font un temps la une : c’est qu’une fois les caméras éloignées, ils tombent dans l’oubli sans pour autant que sur le terrain tout soit réglé.

Ce tome 2 de Rwanda 1994 nous montre encore beaucoup de choses qui font réagir, ou qui devraient, en tout cas ! Familles déchirées, recherche des siens, morts, blessés... Ca, c’est classique, oserais-je dire, pendant une guerre. Mais à cela s’ajoutent déplacements de populations, communautés auto-gérées d’enfants orphelins, système D pour survivre, assistance d’organisations étrangères, qui sont plus liés aux conflits mettant à feu et à sang les pays en voie de développement. Et tout ça sur fond d’animosité extrême entre Hutus et Tutsis, triste spécificité locale, ce qui est l’un des éléments prépondérants de cette guerre au Rwanda tout autant que c’est quelque chose qu’on a beaucoup de mal à comprendre, bien que le cas se soit présenté aussi dans les Balkans, à nos portes, entre diverses communautés qui vivaient ensemble jusqu’à ce que la haine grandisse entre elles...

Le dessin réaliste traduit bien tout cela. Et avec de belles couleurs. Mais ce qui appuie encore plus la force de tous ces malheurs, c’est le découpage de la bande dessinée qui nous parachute tantôt ici et tantôt là sur la carte du Rwanda ou de l’ex-Zaïre. Et le fait, naturellement, qu’on traverse ce conflit aux côtés de personnages certes fictifs mais qui mettent un visage, tout de même, sur les victimes qu’ils représentent.

Le camp de la vie est un album-témoignage aussi fort que le précédent. A lire obligatoirement : devoir de mémoire, et... plaisir de lire de la bande dessinée de qualité !

Sbuoro
(30 Juin 2008)

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mardi 27 mai 2008

Rwanda 1994, T2 : "Le camp de la Vie" - Par Masioni, Grenier & Austini - Vent des Savanes

arton6791Fin de ce diptyque traitant de l’atroce génocide rwandais. Si ces deux albums ne sont pas parfaits, ils ont néanmoins le mérite de bien mettre en évidence les faits et responsabilités de cette tragédie, dont une majorité d’Européens ignorent les tristes détails. À découvrir, sous peine de rester aveugle à une sordide vérité et sourd au monde qui nous entoure.

Rwanda, 1994 : entre avril et juillet, 100 jours de massacre ... Celui que l’on appelle "Le dernier génocide du siècle" s’est déroulé dans un tout petit pays d’Afrique, sous les yeux du monde entier, sous la responsabilité des politiques internationales, et sous les machettes et la haine de toute une partie de la population. Sur environ 7,5 millions de Rwandais d’alors, 1,5 million de personnes ont été exterminées pour le seul fait d’appartenir à la caste "tutsi" (chiffres officiels de 2004) : hommes, femmes, enfants, nouveau-nés, vieillards...

De cette tragédie historique, suite à plusieurs années de recherche dont sept mois passés au Rwanda pour récolter des témoignages, Cécile Grenier a tiré une fiction éprouvante, basée sur des faits réels.

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Difficile de faire la part des choses entre l’atrocité historique et l’œuvre artistique. Sur le fond, ces albums devraient être distribués dans toutes les classes pour permettre de donner une vision large de ce massacre. Concernant la forme, le récit reste parfois approximatif dans les déplacements de populations et les lieux où se concentrent l’action. De petits détails qui n’entachent pas la lecture, mais qui font justement réfléchir sur le flou des situations authentiques.

Si l’entrée en matière du premier tome est un peu brusque et l’explication du début du massacre trop vite traitée, la postface permet de combler les lacunes du lecteur qui ne manquera pas de chercher à en savoir plus après avoir découvert le récit de cette tragédie. Les Belges en prennent pour leur grade (historiquement parlant), bien que l’assassinat de leurs 10 paras casques bleus, en début de conflit, soit tristement passé sous silence ; le rôle des militaires français n’est pas plus glorieux.

Plus qu’un album à thème, c’est un ouvrage de mémoire ! Même si on pourra toujours critiquer tel point de vue, ou tel raccourci scénaristique, ce diptyque est une œuvre forte, à laquelle il est impossible de rester insensible. À conseiller à tous ceux qui n’auraient que très partiellement compris l’ampleur de ce génocide, ce qui est le cas de la plupart d’entre nous.

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Posté par Cathy et Jose à 17:33 - Littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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