Rechercher sur AfrikBlog

Rwanda par Cathy et José

L'Amour entre deux familles que le hasard a réuni .

lundi 1 décembre 2008

La mémoire du Rwanda

081121mukasonga_scholastique_8

Photo: Richard Raymond

Scholastique Mukasonga

Cette femme est un fleuve. Un fleuve d'optimisme. Il est apaisant et fascinant d'écouter parler Scholastique Mukasonga. L'auteur a écrit et publié deux livres jusqu'ici. Inyenzi ou les cafards (2006) est un roman autobiographique, tandis que La femme aux pieds nus (2008) est un hommage rendu à sa mère.

En entrevue avec Radio-Canada.ca, elle parle de l'accueil reçu à Montréal; du froid qui sévit; de sa vie en Normandie et de son pays d'origine.

Elle parle d'abondance, et d'abondance de mémoire. L'entrevue a eu lieu pendant le Salon du livre de Montréal, dont elle était l'invitée d'honneur. Elle était venue présenter ses deux livres et poursuivre l'oeuvre entreprise avec ses écrits: témoigner, mémoire vivante, des victimes tombées sous le bras des bourreaux hutus de 1959 à 1994. Pendant qu'elle parle, elle est tournée vers l'intérieur, vers ce qui l'habite. Ce qui l'habite, c'est le Rwanda, et surtout ce qu'elle appelle le long processus d'élimination des Tutsis, qui s'est échelonné de 1959 jusqu'au génocide de 1994.

Elle mêle passion et sérénité. Passion pour la vie et sérénité devant l'inéluctable.

Lieu d'apaisement

L'auteure née en 1956 habite à Crouseulles, en Normandie. À deux kilomètres de chez elle, il y a un cimetière canadien.

Je travaille dans le cimetière canadien. C'est là où j'aime écrire.

— Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga y trouve un apaisement. La propreté du cimetière, le respect et le silence dont les visiteurs font preuve lui font dire que ce lieu n'est pas abandonné. Bien sûr, de jeunes hommes sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais ils sont respectés, ils sont toujours là. Leur mémoire est là. Les noms sont là.

— Scholastique Mukasonga

Ce qui n'est pas le cas des victimes du génocide rwandais: « J'aurais souhaité que, pour les miens qui sont partis, on puisse faire un lieu comme ça. Ça serait moins triste. Parce qu'après tout, notre fin à nous tous, c'est un jour de partir ». Scholastique Mukasonga a perdu 37 des siens dans les massacres de 1959 à 1994.

Monument de papier, stèle de pierre

Crânes

Écrire ne suffit pas pour elle. Dire les noms des disparus, non plus. Pour elle, le travail n'est pas achevé. « Je crois que, quand on me demande si, maintenant que j'ai écrit, j'ai un apaisement total, ce n'est pas possible. J'ai des noms. Je termine Inyenzi ou les cafards par une énumération de noms. J'aimerais pouvoir les graver dans la pierre », dit-elle.

Et ce monument, elle souhaite l'ériger sur la colline de Rebero, planté au milieu de la plaine de Nyamata.

Elle ne prétend pas ériger un monument aussi grandiose que le musée canadien, mais il y aura un symbole. Elle travaille dans ce but. Elle pense concrétiser son rêve un jour.

Moi, je suis optimiste et il le faut. Parce que si je n'avais pas été optimiste, je ne serais pas là où je suis aujourd'hui, je ne serais pas qui je suis aujourd'hui.

— Scholastique Mukasonga

Un symbole dans la plaine

Rebero a déjà valeur de symbole. Avant 1994, c'était l'un des deux lieux, avec les églises, où les Tutsis couraient trouver refuge. Les Hutus respectaient l'asile accordé par l'église. « Même après, on ne venait pas vous tuer en sortant de l'église parce que c'était tabou », affirme l'auteur.

Mais il y a 14 ans, les prêtres ont déserté les églises. Il ne restait que la colline de Rebero, nommément le « point de vue »

Je ne savais pas qu'elle portait le nom même de ce que, justement, on en faisait. On avait toujours l'habitude de se réfugier sur cette colline quand il y avait des massacres.

— Scholastique Mukasonga

C'est donc vers cette colline symbolique que des familles entières de quatre villages ont convergé, en 1994, « tous ceux qui étaient vaillants », précise l'auteure. Ces vaillants ont résisté deux jours contre les tueurs, comme les appelle Scholastique Mukasonga. Cailloux contre machettes. Le troisième jour, dit-elle, l'armée est venue prêter main-forte aux tueurs et ensemble ils ont exterminé hommes, femmes, enfants et vieillards.

Je sais que ma famille a été exterminée, du moins mon frère Antoine avec ses neuf enfants, ma soeur aînée Judith avec ses cinq enfants et ses petits-enfants même. Il y a au moins une vingtaine de personnes de ma famille, frère et soeur.

— Scholastique Mukasonga

Partir ou ne pas partir

Scholastique Mukasonga a quitté le Rwanda à l'âge de 17 ans, avec son frère André. Leur famille ne les a pas suivis. N'est-ce pas étonnant? L'écrivaine se lance dans une longue explication d'où il ressort deux choses. D'une part, ses parents ont toujours cherché à protéger les enfants. D'autre part, ils ont cédé au travail de conditionnement à long terme, à l'entreprise de dénigrement systématique mise en place dès 1959.

À partir du moment où les choses éclatent en 1959-60, ça a été brutal. Il y a eu des massacres.

— Scholastique Mukasonga

L'auteur de Inyenzi ou les cafards parle de minigénocides perpétrés dans des régions comme le Gikongoro, où elle est née, dans le sud. Déjà, « on coupait à la machette, on jetait dans les rivières », souligne-t-elle.

Avant 94, c'était des massacres par catégorie. Par exemple, en 63, on a choisi de tuer les enseignants, les petits commerçants à Nyamata.

— Scholastique Mukasonga

La traque perpétuelle

C'est cette même année que les Hutus ont signifié aux Tutsis qu'ils continueraient de les pourchasser.

À partir de ce moment-là, on a été appelés des « cafards. » Désormais, on était des inyenzi. Ça veut dire une bête immonde. Quand on croise un inyenzi, on l'écrase. Le travail de préparation de l'extermination totale commence en 63.

— Scholastique Mukasonga

Les Tutsis ne pensaient plus à s'échapper. Ils sont tombés dans l'acceptation totale. Dans la fatalité. Les adultes surtout attendaient la mort, si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait pour le lendemain ou une autre fois.

Les parents ne se sont jamais vus échappant à cette mort qui leur était promise parce qu'ils étaient entrés dans le conditionnement total. Ils avaient accepté. Mais, par contre, pour les enfants, il n'y a jamais eu acceptation.

— Scholastique Mukasonga

Ils choisissent donc André et Scholastique pour qu'ils s'échappent. Ils les envoient avec pour mission d'atteindre le Burundi et avec le devoir absolu de vivre.

Pour eux, ils ne pensaient pas qu'on était mortels. Pour eux, on allait vivre éternellement, on était Jésus.

— Scholastique Mukasonga

Ici, cette femme sereine éclate de rire. Puis, elle s'arrête, interloquée.

Je viens d'y penser. Mourir, c'était pour eux, mais pas pour nous. Et moi aujourd'hui, je dis: « Il ne faut pas décevoir mes parents, il ne faut pas que je meure. Je ne mourrai jamais. Jamais. C'est fini. »

— Scholastique Mukasonga

Elle rit encore de bon coeur de son mot. Elle enchaîne: « Il ne faut jamais baisser les bras. L'optimisme quelquefois paie. Quand on croit fort à quelque chose, quelquefois ça finit peut-être par arriver ».

Cet optimisme n'empêche pas la femme de 52 ans d'être très lucide. Au Rwanda, il y avait beaucoup d'étrangers: Français, Belges et même Canadiens. Aujourd'hui, une question l'obsède. Et elle n'est pas la seule à se la poser:

Les Tutsis, comme le juif, qu'est-ce que nous avons fait pour qu'on soit abandonnés?

— Scholastique Mukasonga

Cette question, à l'évidence, la trouble. Elle bafouille, elle s'arrête. Et ne trouve pas de réponse.

Posté par Cathy et Jose à 19:37 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

lundi 13 octobre 2008

"Ouverts au monde"

Le regard de Scholastique Mukasonga

Article paru dans l'EXPRESS

Par Jacques Trentesaux, mis à jour le 13/10/2008 11:22:01 - publié le 06/10/2008 18:34

92

Scholastique Mukasonga dans un cimetière de soldats canadiens. Un lieu d'apaisement pour cette femme d'origine rwandaise, qui n'a pas pu se recueillir sur la tombe de ses proches, anonymes victimes du génocide.

Née en 1956 au Rwanda, Scholastique Mukasonga est une miraculée. Sa famille, d'ethnie tutsi, a été massacrée. Réfugiée au Burundi dès 1973, elle y rencontre son mari, un ethnologue français, avant de s'installer, il y a seize ans, en Normandie. Elle évoque cette terre où, écrivain (1), elle trouve aussi des échos de son pays natal.

"Je suis normande." J'aime bien l'affirmer et le répéter. C'est à peine un paradoxe. D'ailleurs, pour le public que je rencontre dans mon métier d'assistante sociale, je n'ai pas de couleur. La question de mes origines ne se pose pas. Si je rencontre du racisme (bien sûr, cela m'arrive, comme à tant d'autres), ce n'est pas chez les plus démunis. A peine soupire-t-on: "Au moins, chez vous, il y a du soleil." Je suis souvent considérée comme guadeloupéenne, ce que je prends évidemment comme un compliment, une marque d'intégration.

Il est vrai que, lorsque je suis arrivée en France, à Caen, en 1992, j'avais quelques avantages sur bien des émigrés: j'étais déjà française par mon mariage. J'étais aussi persuadée qu'avec mon diplôme d'assistante sociale, obtenu au Burundi, j'allais pouvoir exercer mon métier. Mais, en France, c'était un papier sans valeur. Il m'a fallu reprendre mes études, réussir le concours d'entrée à l'école d'assistantes sociales. A l'Institut de formation des travailleurs sociaux d'Hérouville-Saint-Clair, je fus bien accueillie, même si j'étais un peu une curiosité. Seule élève d'origine africaine, j'avais presque 40 ans quand la plupart de mes camarades en avaient 20. Les professeurs s'inquiétaient de ma capacité à rédiger. J'ai eu du mal à leur faire admettre que j'avais écrit le français avant de le parler. Puis, en 1994, survint le génocide des Tutsi. Ma famille, restée au Rwanda, a été exterminée. Si je n'ai pas sombré dans la folie, c'est que je me suis accrochée à mes études, que mes camarades, les professeurs, tous étaient à mes côtés. Des Normands solidaires, oui, j'en ai rencontré.

On dit pourtant que les Normands sont froids, peu accueillants, qu'il est difficile de pénétrer chez eux, qu'on aime mieux se parler sur le pas de la porte: "Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées!" Ce portrait n'est évidemment que caricature. Grâce à mes livres, j'ai découvert des Normands ouverts au monde, intéressés par la littérature. Et pas seulement dans les villes. Je me souviendrai toujours avec émotion de cette soirée d'hiver passée dans le bistrot du village de Trévières à discuter de mon livre et du Rwanda; ou du maire de Saint-Vaast-sur-Seulles, une petite commune de quelques centaines d'habitants, qui me reçut dans la salle des mariages, où s'étaient réunies plus de 50 personnes, dont quelques mamies chaussées de bottes, pour m'entendre et échanger avec moi. Cela vaut bien tous les salons! Evoquer, comme je le fais dans La Femme aux pieds nus, la bouse de vache où l'on prend plaisir à enfoncer la main ne faisait rire personne. On se comprenait.

La Basse-Normandie, je la parcours presque tous les jours. Soit pour me rendre au travail, soit pour aller rendre visite aux personnes dont j'ai la charge. La plaine de Caen, le Bessin, le Bocage... Parfois, la fatigue aidant, les paysages du Rwanda se superposent à ceux de la Normandie... Les collines y sont toujours vertes (il y pleut tout autant), je mets des bananiers à la place des pommiers et il ne me reste qu'à attribuer aux vaches normandes, pataudes et productives, la fine élégance des vaches de mon pays natal, les inyambo, aux longues cornes parfaites. Mais, en Normandie, il y a la mer. Moi qui en suis née si loin, il me semble à présent que je ne pourrais plus vivre sans entendre le bruit des vagues. Entre Arromanches et Port-en-Bessin, il y a un sentier vertigineux qui longe le bord de la falaise. Les mouettes font de soudains plongeons pour saisir leur proie. Moi aussi, j'essaie d'attraper mes souvenirs et mes mots. Plus tard, sur le cahier, cela fera peut-être des phrases ou, qui sait, un livre...

Les pommiers en fleurs, ce n'est pas seulement sur les cartes postales. Au mois de mai, si le prix des carburants le permet encore, il faut se perdre, sous la voûte des grandes haies, dans le labyrinthe des routes étroites du pays d'Auge. Les villages se réduisent souvent à l'église et à la mairie. L'habitat est dispersé, comme disent les géographes. Il en va de même au Rwanda, cette Afrique sans villages. Ici, bien sûr, le paysage est parfois un peu snob: barrières blanches des haras, chaumière prétentieuse des résidences secondaires. Mais les vieux pommiers tordus, étonnés de porter encore une telle floraison, ont résisté à tous les remembrements.

Il existe aussi de vrais Augerons. A Cambremer, j'ai été invitée à faire partie d'un très sérieux jury qui devait récompenser de médailles les cidres ou les calvados du cru. Je renonçai au calvados et, pour le cidre, mes avis restèrent bien modestes: je n'osais trop comparer le breuvage normand à la bière de bananes qui, comme le cidre, peut être toute douceur ou âpreté rustique. Je crains que mes appréciations exotiques n'aient guère pesé sur les décisions averties des experts.

Bien sûr, je suis rwandaise tout autant que normande. Il n'y a pas de contradictions, même si, hélas, la partie rwandaise de moi-même a quelque chose à envier à la Normandie: je veux parler des cimetières, ceux, américains, anglais, polonais, allemands, qu'a laissés la Seconde Guerre mondiale. Mon préféré, c'est le cimetière canadien. Il m'arrive souvent de circuler dans ses allées avant de m'y installer pour peaufiner mon écriture ou simplement me ressourcer. Pour moi, c'est un lieu d'apaisement. Le Rwanda, lui aussi, est parsemé de mémoriaux du génocide, mais ils sont anonymes: fosses communes, ossuaires, crânes alignés dans des vitrines. Les restes des miens ont disparu dans l'anonyme charnier du génocide. L'absence de lieu de recueillement est une deuxième souffrance. Dans les cimetières normands, chaque soldat a une tombe et son nom sur la stèle. Quelques-unes sont encore fleuries, peut-être par les enfants ou les petits-enfants de celui qui est tombé sur la plage d'Omaha ou dans les chemins creux du côté de Chambois. Alors, quand je m'attarde un peu sur l'une ou l'autre de ces tombes, m'en voudra-t-on si c'est aussi en pensant aux miens?

(1) Après un premier récit autobiographique remarqué (Inyenzi ou les cafards, Gallimard, 2006), elle vient de publier un roman (La Femme aux pieds nus, Gallimard), hommage intime à sa mère.

Posté par Cathy et Jose à 17:53 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 28 mars 2008

Scholastique Mukasonga : "La femme aux pieds nus"

Scholastique Mukasonga : "La femme aux pieds nus"
Vidéo envoyée par LiliTheKing

JE M'APPELLE MUKASONGA : "...Pressentait-elle que je serai, avec mon frère André, la seule survivante de la famille et que ce serait moi qui serai chargée de leur mémoire? Mukasonga serait alors un nom que mon père aurait choisi pour ma destinée ?" www.scholastiquemukasonga.com/article-15793648-6.html#comment25230062 Biographie littéraire : "La femme aux pieds nus" "Inyenzi ou les Cafards" Liens utiles : www.scholastiquemukasonga.com/ L'index : www.dailymotion.com/tags/LiliTheKing Les commentaires : www.dailymotion.com/comments/for:LiliTheKing Les documentaires : www.dailymotion.com/playlists/LiliTheKing

Posté par Cathy et Jose à 09:05 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 11 juin 2006

Scholastique MUKASONGA

Le témoignage vivant de la souffrance de tout un peuple : Scholastique MUKASONGA , lisez son livre " Inyenzi ou les Cafards " . L'émotion des mots à travers le regard d'une jeune fille .

scolastique_mukasongasmb

sma

Posté par Cathy et Jose à 19:57 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 1 mai 2006

CADEAU.............

Nous voulons remercier MME Scholastique MUKASONGA pour avoir ajouter un lien de notre Blog , nous sommes vraiment honorés de ce geste .Nous sommes de tout coeur avec vous contre les injustices , la violence de toutes sortes , nous sommes pour le respect de tous . Chaque être est unique et précieux , apprenons à nous aimer , apprenons à nous aider , nous ne pouvons exister sans le regard de l'autre . Amitiés sincères à tous qui combattent la haine et l'injustice . Merci Scholastique .

Cathy et José

Posté par Cathy et Jose à 09:21 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 22 mars 2006

Inyenzi ou les cafards

Inyenzi ou les cafards ... Un livre de Scholastique Mukasonga , un livre pour comprendre , un livre pour apprendre à aimer notre humanité ...Nous portons notre croix ....Nos coeurs saignent ....Nous ne pouvons que vous aimer d'avantage .

http://www.scholastiquemukasonga.com/

Posté par Cathy et Jose à 19:52 - Scholastique MUKASONGA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1